IVe-Ve s. · Basilique Saint-Martin, Tours

Tours, le tombeau de saint Martin, grand pèlerinage de Gaule

Tours, le tombeau de saint Martin, grand pèlerinage de Gaule

Le 11 novembre 397, une foule descend la Loire en barque. Martin, l'évêque de Tours, vient de mourir à Candes ; les habitants de Poitiers et ceux de Tours se disputent son corps. Les Tourangeaux l'emportent et ramènent la dépouille dans leur cité. Trois ou quatre décennies plus tard, son tombeau attirera des pèlerins de toute la Gaule.

Un ancien soldat romain devenu évêque

Martin n'est pas né en Gaule mais à Sabaria, en Pannonie (l'actuelle Hongrie), vers 316. Fils d'un officier, il sert lui-même dans la cavalerie romaine avant de quitter l'armée. L'épisode du manteau partagé avec un pauvre, à Amiens, appartient à sa légende dorée : c'est Sulpice Sévère, son contemporain et biographe, qui le rapporte dans sa Vita Martini rédigée vers 396, du vivant même du saint. Élu évêque de Tours en 371, Martin refuse de résider en ville. Il fonde à quelques kilomètres le monastère de Marmoutier, sur la rive de la Loire, et meurt à Candes le 8 novembre 397.

Perpet et la basilique de 470

D'abord enseveli dans une modeste sépulture, Martin reçoit une première chapelle de l'évêque Brice, son successeur. Mais c'est Perpetuus, évêque de Tours de 458 à 488, qui fait élever vers 470 une grande basilique pour abriter le tombeau. Grégoire de Tours, lui-même évêque de la cité au VIe siècle et auteur de l'Histoire des Francs, en donne les dimensions : 160 pieds de long, 60 de large, avec 52 fenêtres et 120 colonnes. Le sarcophage est placé derrière l'autel. La date de la translation, le 4 juillet, devient une seconde fête de Martin, distincte de celle de sa mort.

La cappa et le mot « chapelle »

Le manteau attribué à Martin, sa cappa, devient une relique des rois francs. Les Mérovingiens puis les Carolingiens la transportent, jurent dessus et la confient à la garde de clercs nommés capellani. Le petit oratoire qui l'abrite prend le nom de capella : c'est de là que viennent les mots français chapelle et chapelain. Martin devient ainsi un saint dynastique. Clovis, selon Grégoire de Tours, attribue à son intercession la victoire de Vouillé sur les Wisigoths en 507.

Ce qu'il reste à voir aujourd'hui

L'antique basilique a disparu. Un vaste sanctuaire roman puis gothique lui succède, pillé par les protestants en 1562, puis rasé après la Révolution : les rues Descartes et des Halles passent aujourd'hui sur son emplacement. Deux tours subsistent, isolées dans le tissu urbain : la tour Charlemagne et la tour de l'Horloge. En 1860, l'archéologue Léon Dupont et l'abbé Charles Meignan retrouvent le tombeau sous les décombres. Une nouvelle basilique, de style néo-byzantin, est bâtie par l'architecte Victor Laloux — celui de la gare d'Orsay — et consacrée en 1925. Dans sa crypte repose toujours ce que la tradition tient pour les ossements de Martin.

Le saviez-vous ? Le mot chapelle dérive directement du manteau de saint Martin. La cappa royale était gardée dans un petit local que l'on appela capella, « petite cape » ; le terme désigna ensuite tout lieu de culte secondaire, et ses gardiens, les capellani, donnèrent nos « chapelains ».

En images

Sous la Basilique
Sous la Basilique
Les pèlerins arrivent
Les pèlerins arrivent
La dévotion
La dévotion
Le tombeau
Le tombeau
Les guérisons
Les guérisons
L'adoration
L'adoration
L'héritage intemporel
L'héritage intemporel