732 · Poitiers (Moussais)

Charles Martel arrête les Arabes à Poitiers

Charles Martel arrête les Arabes à Poitiers

En octobre 732, sur le plateau de Moussais, entre Poitiers et Tours, deux armées s'observent pendant plusieurs jours avant de s'affronter. D'un côté, les cavaliers d'al-Andalus conduits par le gouverneur Abd al-Rahman al-Ghafiqi. De l'autre, les Francs de Charles, maire du palais d'Austrasie, que la postérité surnommera Martel, « le marteau ». Le choc qui suit deviendra l'une des batailles les plus commentées du Moyen Âge.

Un raid lancé depuis l'Espagne musulmane

La bataille n'est pas une invasion organisée mais l'aboutissement d'une expédition de pillage. Depuis la conquête du royaume wisigoth d'Espagne en 711, les armées omeyyades poussent au nord des Pyrénées. En 721, elles ont échoué devant Toulouse, défendue par le duc Eudes d'Aquitaine. En 732, Abd al-Rahman remonte par la vallée de la Garonne, écrase Eudes près de Bordeaux et met à sac Poitiers. Son objectif suivant est l'abbaye Saint-Martin de Tours, l'un des sanctuaires les plus riches de Gaule. C'est Eudes, vaincu, qui appelle alors Charles à l'aide.

L'infanterie franque contre la cavalerie d'al-Andalus

Charles dispose surtout de fantassins lourdement équipés, qu'il range en une masse compacte. Les chroniques décrivent ses hommes serrés « comme un mur », « comme une glacière figée ». Face aux charges répétées de la cavalerie arabo-berbère, la formation franque tient. Abd al-Rahman est tué dans la mêlée. Selon la Chronique mozarabe de 754, source la plus proche des événements, les assaillants se retirent durant la nuit et lèvent le camp, laissant leurs tentes. Charles, prudent, n'ordonne pas de poursuite : il craint une embuscade et préfère consolider sa victoire.

Ni « sauveur de la chrétienté », ni date fondatrice

La portée de Poitiers a été massivement amplifiée après coup. L'idée que Charles aurait « sauvé l'Europe » de l'islam vient surtout des historiens postérieurs, d'Edward Gibbon au XVIIIe siècle aux manuels du XIXe. Les faits sont plus mesurés : il s'agissait d'arrêter un raid, non une tentative de conquête durable, et les incursions musulmanes en Gaule continuent ensuite. Narbonne reste aux mains des Omeyyades jusqu'en 759. Ce qui est avéré, en revanche, c'est le bénéfice politique : la victoire assoit la légitimité de la famille de Charles. Son fils Pépin le Bref dépose le dernier roi mérovingien en 751, et son petit-fils Charlemagne sera couronné empereur en 800.

Ce qu'on voit aujourd'hui à Moussais

Le lieu exact du combat reste discuté, mais la tradition le situe à Moussais-la-Bataille, sur la commune de Vouneuil-sur-Vienne, dans la Vienne. Un site de découverte y a été aménagé, avec un parcours d'interprétation en plein air consacré à l'affrontement et au monde du VIIIe siècle. Le surnom de Martel lui-même n'apparaît pas du vivant de Charles : il est attesté plus tardivement, dans des textes du IXe siècle.

Le saviez-vous ? Les chroniqueurs arabes ont longtemps désigné cet épisode comme la bataille de Balat al-Shuhada, le « pavé des martyrs », du nom de la voie romaine où périrent leurs combattants. Pour eux, ce n'était qu'un revers parmi d'autres, bien moins marquant qu'il ne le deviendra dans la mémoire occidentale.

En images

Sous Moussais, une bataille se prépare
Sous Moussais, une bataille se prépare
Charles Martel en stratégie
Charles Martel en stratégie
L'armée arabe avance
L'armée arabe avance
Le choc des épées
Le choc des épées
Un tournant décisif
Un tournant décisif
La victoire de Poitiers
La victoire de Poitiers
Un héritage inattendu
Un héritage inattendu