XIIIe s. · Place Maubert

Les cours sur la paille, place Maubert

Les cours sur la paille, place Maubert

Sur la rive gauche, à mi-pente de la montagne Sainte-Geneviève, une place irrégulière recueillait au XIIIe siècle des grappes d'étudiants assis à même le sol. Ils s'installaient sur des bottes de paille, devant un maître qui dictait Aristote ou les sentences de Pierre Lombard. Ce détail trivial — la paille — a donné son nom à toute une rue voisine et résume mieux qu'un long discours ce qu'était l'enseignement parisien naissant.

Pourquoi de la paille plutôt que des bancs

Au début du XIIIe siècle, l'université de Paris ne possède aucun bâtiment propre. Les maîtres louent des salles, mais surtout ils enseignent là où ils peuvent : dans des cours, sous des porches, en plein air. Les écoliers n'ont ni chaises ni pupitres. Pour ne pas rester sur le pavé humide, ils achètent ou apportent de la paille, qu'ils étalent au sol pendant la leçon. La pratique est si répandue dans le quartier des écoles que les textes parlent couramment des étudiants assis in vico straminis, « dans la rue de la Paille ».

La rue du Fouarre, mémoire d'une habitude

Cette rue existe toujours, près de la place Maubert et de l'église Saint-Julien-le-Pauvre. Elle s'appelle rue du Fouarre — « fouarre » étant un vieux mot français pour le fourrage, la paille. Au XIVe siècle, la faculté des arts y avait regroupé plusieurs de ses écoles, et l'enseignement s'y donnait de façon si réglée que Dante, qui séjourna peut-être à Paris vers 1309, évoque dans le Paradis (chant X) un savant « qui lut sur la paille les syllogismes ». L'allusion vise précisément ce vicus straminis parisien.

Maubert, place des écoles avant d'être place du marché

La place Maubert ne doit pas son nom à un « maître Albert » légendaire, malgré une tradition tenace qui y voit Albert le Grand enseignant en plein air. Les érudits modernes rattachent plutôt le toponyme à une forme médiévale du nom (Malbertus ou « Maubert »), sans lien établi avec le dominicain. Ce qui est sûr, c'est que le secteur appartenait à l'abbaye Sainte-Geneviève et qu'il fut, dès le XIIIe siècle, l'un des points de fixation des cours en plein air, avant de devenir un marché animé puis, sous l'Ancien Régime, un lieu d'exécutions.

Une discipline qui finit par enfermer l'enseignement

Cet enseignement à ciel ouvert avait ses limites : bruit, intempéries, désordres. Au fil du XIVe et du XVe siècle, les collèges — la Sorbonne fondée vers 1257 par Robert de Sorbon, le collège de Navarre en 1304 — offrent peu à peu des salles closes. La paille recule. Mais le souvenir reste fiché dans la toponymie, et la rue du Fouarre conserve, sur quelques mètres, la trace d'une époque où l'on apprenait la logique assis par terre.

Le saviez-vous ? Le mot « fouarre » de la rue du Fouarre n'a rien à voir avec une famille ni un saint : il désigne simplement la paille (fourrage) sur laquelle les écoliers s'asseyaient. C'est l'un des rares noms de rue parisiens à fossiliser un geste pédagogique du Moyen Âge.

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La place Maubert
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Les cours sur la paille
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L'ambiance marchande
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La communauté intellectuelle
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L'héritage des cours
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