508 · Île de la Cité, Paris
Clovis fait de Paris sa capitale

Vers 508, un roi franc converti depuis peu au christianisme s'installe sur l'île de la Cité, au milieu de la Seine. Clovis, fils de Childéric, vient de soumettre la quasi-totalité de la Gaule. En choisissant cette ancienne cité gallo-romaine comme résidence privilégiée, il fixe pour des siècles le centre de gravité du royaume franc.
Pourquoi l'île de la Cité, et non Soissons ou Tournai
Les Mérovingiens n'ont pas de capitale au sens moderne : la cour suit le roi, qui se déplace de domaine en domaine. Clovis règne d'abord depuis Tournai, berceau de sa dynastie, puis depuis Soissons, prise au général romain Syagrius en 486. Mais l'ancienne Lutèce offre des atouts décisifs. L'île, protégée par les bras du fleuve, est aisée à défendre. Elle contrôle un point de passage majeur entre le nord et le sud de la Gaule, sur l'axe de la Seine. Grégoire de Tours, principal chroniqueur de l'époque, écrit dans son Histoire des Francs que Clovis fit de Paris le siège de son règne après son retour de la guerre contre les Wisigoths.
507 : la victoire de Vouillé ouvre la route du Sud
L'installation à Paris suit de près un événement militaire de premier ordre. En 507, près de Vouillé, au sud de Poitiers, Clovis affronte Alaric II, roi des Wisigoths ariens. La victoire franque est totale : Alaric est tué, et le royaume wisigoth perd presque toute son emprise sur l'Aquitaine, repoussé vers l'Espagne et la Septimanie. Maître désormais des terres de la Loire aux Pyrénées, Clovis reçoit de l'empereur byzantin Anastase les insignes du consulat. Catholique au milieu de rois ariens, il apparaît comme le protecteur de l'Église des Gaules. Paris devient le point d'ancrage de ce pouvoir agrandi.
La basilique des Saints-Apôtres, premier tombeau royal
Sur la rive gauche, au sommet de la montagne Sainte-Geneviève, Clovis fait édifier une basilique dédiée aux saints Pierre et Paul. Il y est inhumé à sa mort, en 511, aux côtés de son épouse Clotilde et bientôt de Geneviève, la femme qui avait organisé la résistance de Paris face à Attila puis face au siège franc lui-même. L'édifice prend le nom de Sainte-Geneviève. Démoli sous la Révolution, il a laissé place à l'actuel lycée Henri-IV ; une tour clocher du XIIe siècle subsiste encore dans son enceinte. Le sarcophage attribué à Clovis a disparu, mais la basilique fut bien le premier nécropole royal de Paris.
Une « capitale » sans le statut
Parler de capitale demande nuance. Aucun texte de 508 ne consacre Paris comme tête du royaume : la notion administrative est anachronique. À la mort de Clovis, son royaume est partagé entre ses quatre fils, et Paris échoit à Childebert Ier. La ville redevient l'une des résidences parmi d'autres, disputée puis réunifiée au gré des successions. Ce n'est qu'au tournant des Capétiens, à partir de 987, que Paris s'impose durablement. Mais le geste de Clovis a installé une mémoire : les rois suivants reviennent vers la Seine.
Le saviez-vous ? Le célèbre vase de Soissons, que Clovis aurait fendu d'un coup de hache pour punir le soldat qui l'avait brisé, ne nous est connu que par Grégoire de Tours, écrivant près de quatre-vingts ans après les faits. L'épisode tient autant de la leçon morale sur l'autorité royale que du fait avéré.
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