mai 1968 · Quartier latin, Paris
Mai 68 : Les révoltes de la jeunesse

Dans la nuit du 10 au 11 mai 1968, le boulevard Saint-Michel et les rues du Quartier latin se hérissent de barricades. Pavés arrachés, voitures renversées, arbres abattus : les étudiants tiennent tête aux compagnies républicaines de sécurité jusqu'à l'aube. Au matin, on relève des centaines de blessés et près de 500 interpellations. La « nuit des barricades » fait basculer une agitation universitaire en crise nationale.
Nanterre, puis la Sorbonne fermée
Tout commence loin du centre, à la faculté de Nanterre, ouverte en 1964 dans une banlieue de chantiers. Le 22 mars 1968, une poignée d'étudiants menés par Daniel Cohn-Bendit occupe la tour administrative pour protester contre l'arrestation de militants opposés à la guerre du Vietnam. Le « Mouvement du 22-Mars » est né. Le doyen Pierre Grappin ferme Nanterre le 2 mai. Le lendemain, le recteur Jean Roche fait évacuer la Sorbonne par la police, fait sans précédent depuis des décennies. La fermeture de la plus ancienne université de Paris met le feu aux poudres dans tout le Quartier latin.
Du pavé à la grève générale
L'affaire cesse vite d'être étudiante. Le 13 mai, les grandes centrales syndicales, CGT en tête, appellent à une journée d'action : des centaines de milliers de manifestants défilent de la République à Denfert-Rochereau. Dans la foulée, les ouvriers occupent les usines. À Cléon, puis chez Renault à Boulogne-Billancourt et Sud-Aviation près de Nantes, les machines s'arrêtent. Vers le 22 mai, le pays compte environ sept à neuf millions de grévistes : la France est paralysée. Les accords de Grenelle, négociés les 25 et 26 mai au ministère du Travail, rue de Grenelle, accordent une hausse de 35 % du SMIG et de 10 % des salaires, mais la base ouvrière les rejette dans plusieurs usines.
Le 30 mai : de Gaulle reprend la main
Le 29 mai, Charles de Gaulle disparaît quelques heures. On le croit prêt à céder ; en réalité il s'est rendu à Baden-Baden, en Allemagne, pour s'assurer du soutien du général Massu et de l'armée. De retour le 30 mai, il prononce une allocution radiodiffusée de quelques minutes : il refuse de démissionner, dissout l'Assemblée nationale et convoque des élections. Le même après-midi, plusieurs centaines de milliers de partisans du pouvoir remontent les Champs-Élysées. Les élections des 23 et 30 juin donnent une large majorité aux gaullistes. La rue s'était soulevée ; les urnes la referment.
Ce que le Quartier latin garde de mai
Les slogans peints sur les murs — « Il est interdit d'interdire », « Sous les pavés, la plage » — sont nés là, sur les façades de la rue Gay-Lussac et autour de la place de la Sorbonne. L'amphithéâtre de la Sorbonne, occupé et transformé en assemblée permanente, fut l'un des cœurs du mouvement. Le théâtre de l'Odéon, à deux pas, occupé du 15 mai au 14 juin, devint une tribune ouverte jour et nuit. Beaucoup de rues du quartier ont depuis été asphaltées, précisément pour ôter aux manifestants leurs munitions de pavés.
Le saviez-vous ? Daniel Cohn-Bendit, étudiant de nationalité allemande, fut interdit de territoire français le 21 mai 1968. Surnommé « Dany le Rouge », il revint clandestinement le 28 mai sous une perruque pour réapparaître à la Sorbonne, et ne fut autorisé à rentrer librement en France qu'une dizaine d'années plus tard.
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