Ier s. · Sous Notre-Dame

Le pilier des nautes, plus vieux monument de Paris

Le pilier des nautes, plus vieux monument de Paris

En 1711, des ouvriers creusent sous le choeur de Notre-Dame de Paris pour aménager un caveau destiné aux archevêques. À quelques mètres de profondeur, leurs pioches butent sur des blocs de calcaire sculptés et inscrits. Ces pierres, réemployées comme fondations à la fin de l'Antiquité, portent le plus ancien monument daté de Paris : un pilier élevé par les bateliers de la Seine sous le règne de l'empereur Tibère.

Une dédicace gravée entre 14 et 37 après J.-C.

Le bloc supérieur porte une inscription latine sans ambiguïté. Les nautae Parisiaci, la corporation des bateliers du peuple gaulois des Parisii, ont fait élever ce monument publice, sur fonds communs, sous le principat de Tiberius Caesar Augustus. Tibère règne de 14 à 37 après J.-C. : la dédicace appartient donc à la première moitié du Ier siècle, une cinquantaine d'années à peine après la fondation de la cité gallo-romaine de Lutèce. Le pilier était dressé dans un sanctuaire, sans doute sur l'île de la Cité, à l'emplacement même où s'élèvera bien plus tard la cathédrale.

Jupiter et Esus côte à côte

Ce qui rend l'objet exceptionnel, c'est la cohabitation des dieux. Les blocs portent en relief des divinités romaines — Jupiter, identifié par son nom, mais aussi Vulcain, Castor et Pollux — et des divinités gauloises nommées en toutes lettres. On y lit Esus, dieu bûcheron taillant un arbre, Tarvos Trigaranus, un taureau accompagné de trois grues, Cernunnos, figure aux bois de cerf, et Smertrios. Ces noms gravés sont parmi les rares attestations épigraphiques sûres du panthéon celtique. Le monument fixe par écrit ce que les druides, qui ne consignaient rien, n'ont jamais laissé derrière eux.

Ce qu'on peut encore voir au musée de Cluny

Les blocs retrouvés en 1711 ne sont pas restés sous Notre-Dame. Ils sont aujourd'hui exposés au musée de Cluny, le Musée national du Moyen Âge, à Paris, qui les a restaurés et présentés dans son frigidarium gallo-romain. Le monument n'a pas été conservé entier : il subsiste plusieurs blocs superposés, et certaines faces sont mutilées. Sa hauteur d'origine, son couronnement et l'ordre exact des registres restent en partie reconstitués par les archéologues. Sous Notre-Dame, la crypte archéologique du parvis permet en revanche de marcher au-dessus des vestiges romains de l'île, à l'aplomb de l'endroit où la dédicace fut creusée trois siècles plus tôt.

Un témoin de la fin de Lutèce romaine

Le sort du pilier éclaire l'histoire de la ville. Vers la fin du IIIe ou au IVe siècle, sous la menace des incursions germaniques, les habitants de Lutèce se replient sur l'île de la Cité et bâtissent à la hâte un rempart. Pour gagner du temps, ils démontent les monuments anciens et coulent leurs pierres dans les fondations. C'est ce réemploi qui a sauvé le pilier des nautes : enfoui, oublié, il a traversé les siècles à l'abri, jusqu'à ce que les fossoyeurs de 1711 le ramènent au jour.

Le saviez-vous ? Le nom même de Paris vient des bateliers du pilier. Les Parisii étaient le peuple gaulois installé sur la Seine ; leur nom a fini par supplanter celui de Lutèce, attesté pour la dernière fois comme nom officiel avant que la cité ne devienne, tout simplement, Parisius.

En images

Le monument
Le monument
Les nautes
Les nautes
Les inscriptions
Les inscriptions
La dévotion
La dévotion
Les échanges
Les échanges
Les fouilles
Les fouilles
L'héritage
L'héritage