VIIe s. · Basilique Saint-Denis

Dagobert et l'essor de l'abbaye de Saint-Denis

Dagobert et l'essor de l'abbaye de Saint-Denis

Vers 630, sur la route qui mène de Paris vers le nord, s'élève un sanctuaire modeste bâti autour d'un tombeau : celui de Denis, premier évêque de Paris, décapité selon la tradition vers le milieu du IIIe siècle. C'est ce lieu de pèlerinage que le roi mérovingien Dagobert Ier choisit de combler de ses faveurs. De cette décision naît l'une des plus puissantes abbayes du royaume franc.

Dagobert, un roi qui règne seul sur la Gaule franque

Fils de Clotaire II, Dagobert Ier devient roi d'Austrasie en 623, puis réunit sous son autorité l'ensemble du royaume des Francs à la mort de son père en 629. Pendant quelques années, il gouverne depuis Paris un territoire qui s'étend de la Neustrie à la Bourgogne. Son règne, qui s'achève à sa mort en 639, est l'un des derniers grands moments du pouvoir mérovingien avant que les maires du palais ne prennent le dessus. C'est sous lui que l'abbaye de Saint-Denis reçoit l'élan décisif.

Une dotation royale qui transforme le sanctuaire

Dagobert ne fonde pas l'abbaye à proprement parler : un lieu de culte existait déjà autour de la tombe de saint Denis, et la tradition attribue à sainte Geneviève, au Ve siècle, la construction d'une première église. Ce que fait Dagobert, c'est doter richement l'établissement, lui accorder des terres et des privilèges, et faire reconstruire l'église sur une plus grande échelle. Il place l'abbaye sous sa protection directe et y attache la mémoire de sa dynastie. La foire du Lendit, marché renommé établi dans la plaine voisine, est elle aussi liée aux privilèges accordés au sanctuaire à l'époque mérovingienne.

Le premier roi enterré à Saint-Denis

À sa mort en 639, Dagobert Ier est inhumé dans l'église qu'il a favorisée. Ce geste fonde une tradition appelée à durer : Saint-Denis devient progressivement la nécropole des rois de France. Des dizaines de souverains y seront ensevelis jusqu'à la Révolution. Le tombeau monumental que l'on voit aujourd'hui dans la basilique n'est cependant pas d'époque : il s'agit d'un gisant sculpté au XIIIe siècle, sous le règne de Saint Louis, qui fit réaliser une série de tombeaux pour honorer les rois antérieurs. La scène y représente une légende médiévale, celle du jugement de l'âme de Dagobert.

Ce que l'histoire retient et ce qui relève de la légende

La figure de Dagobert a été enveloppée de récits édifiants forgés par les moines de Saint-Denis pour glorifier leur bienfaiteur. La chronique tardive raconte qu'il aurait fui jusqu'au tombeau de saint Denis pour échapper à la colère de son père, ou que des miracles auraient accompagné sa générosité. Ces récits, écrits longtemps après les faits, servaient les intérêts de l'abbaye. Ce que les sources établissent avec certitude, c'est l'ampleur réelle des dons royaux et le choix de Dagobert de se faire enterrer là. Le reste appartient à la construction d'une mémoire.

Le saviez-vous ? La célèbre chanson « Le bon roi Dagobert », qui le moque pour avoir mis sa culotte à l'envers, n'a rien de médiéval. Elle date de la fin du XVIIIe siècle et fut surtout popularisée pendant la Révolution comme satire de la monarchie.

En images

Roi Dagobert
Roi Dagobert
Construction de l'abbaye
Construction de l'abbaye
Transfert des reliques
Transfert des reliques
Célébration de la consécration
Célébration de la consécration
Centre d'art et de culture
Centre d'art et de culture
Sépulture royale
Sépulture royale
Héritage de Saint-Denis
Héritage de Saint-Denis