IIIe s. · Vers Saint-Denis

Saint Denis céphalophore portant sa tête jusqu'à Saint-Denis

Saint Denis céphalophore portant sa tête jusqu'à Saint-Denis

Sur la colline de Montmartre, la tradition place la décollation d'un évêque venu de Rome. Selon le récit, Denis se relève, ramasse sa tête tranchée et marche vers le nord sur plusieurs kilomètres, jusqu'au lieu où s'élèvera l'abbaye de Saint-Denis. La scène est célèbre. Elle est aussi, pour l'essentiel, une construction des siècles postérieurs.

Un évêque envoyé en Gaule au milieu du IIIe siècle

Le plus ancien témoignage sérieux vient de Grégoire de Tours. Dans son Histoire des Francs, achevée vers 594, il range Denis parmi sept évêques envoyés évangéliser la Gaule sous l'empereur Dèce, soit autour de 250. Grégoire écrit simplement que Denis, évêque de Paris, subit le martyre par l'épée après avoir enduré divers supplices. Aucune tête portée, aucune marche : le chroniqueur s'en tient à une exécution. Le nom latin, Dionysius, deviendra Denis en français.

La naissance du miracle au IXe siècle

Le récit du saint céphalophore — qui porte sa tête — apparaît bien plus tard. On le doit pour une large part à Hilduin, abbé de Saint-Denis, qui rédige vers 835 une Passio à la demande de Louis le Pieux. Hilduin opère alors une fusion décisive : il identifie Denis de Paris à Denys l'Aréopagite, le converti d'Athènes mentionné dans les Actes des Apôtres, puis à l'auteur d'un corpus théologique grec. Trois personnages distincts, séparés par des siècles, fondus en un seul. C'est dans ce cadre que se fixe la geste : décapité à Montmartre — dont on tire l'étymologie mons Martyrum, le mont des Martyrs —, Denis franchit la distance jusqu'au futur Saint-Denis, sa tête entre les mains, accompagné de ses compagnons Rustique et Éleuthère.

Une basilique qui devient nécropole royale

L'enjeu n'est pas seulement pieux. Sur le lieu présumé du tombeau, une première église existe dès le Ve siècle ; vers 475, sainte Geneviève contribue à son édification. Au VIIe siècle, le roi Dagobert dote richement le sanctuaire et y est inhumé vers 639. À partir du XIIe siècle, l'abbé Suger reconstruit le chœur, consacré en 1144, dans un style nouveau qui annonce l'art gothique. La basilique devient la sépulture des rois de France : on y compte les tombeaux de dizaines de souverains, de Clovis à Louis XVIII. La légende du martyr a donc servi un site dont le poids politique fut considérable.

Ce que l'on peut encore voir

La basilique Saint-Denis se visite aujourd'hui, avec son ensemble de gisants royaux parmi les plus complets d'Europe. À Montmartre, l'église Saint-Pierre et, à proximité, la crypte du Martyrium rappellent le lieu supposé de la décollation. Quant au motif du saint portant sa tête, il se lit partout dans la statuaire médiévale : on le retrouve notamment sur la façade de Notre-Dame de Paris, parmi les statues du portail.

Le saviez-vous ? L'identification de Denis de Paris à Denys l'Aréopagite, soutenue par Hilduin au IXe siècle, ne fut sérieusement contestée qu'à la Renaissance, par l'humaniste Lorenzo Valla puis par Érasme. La critique historique a depuis établi qu'il s'agissait de trois figures différentes.

En images

Saint Denis en prière
Saint Denis en prière
L'arrestation
L'arrestation
Le martyre
Le martyre
Le miracle
Le miracle
La marche vers Saint-Denis
La marche vers Saint-Denis
L'arrivée à Saint-Denis
L'arrivée à Saint-Denis
L'héritage de Saint Denis
L'héritage de Saint Denis