VIIe s. → · Basilique Saint-Denis
La basilique devient nécropole des rois de France

Sous le chœur de la basilique Saint-Denis reposent encore les ossements d'une quarantaine de souverains. Pendant plus de mille ans, de Dagobert jusqu'à Louis XVIII, c'est ici, au nord de Paris, que la monarchie française a enterré ses morts. Le lieu n'a rien d'un hasard : il s'organise autour de la tombe d'un martyr exécuté, dit la tradition, vers 250.
Saint Denis, un martyr dont l'histoire est incertaine
Le sanctuaire doit son existence à Denis, premier évêque de Paris, décapité à Montmartre sous une persécution que la tradition place vers 250. La légende veut qu'il ait ensuite marché en portant sa tête jusqu'au lieu de sa sépulture : ce récit de la céphalophorie n'apparaît dans les textes qu'au IXe siècle et relève de l'hagiographie, non du fait établi. Ce que l'archéologie confirme, en revanche, c'est l'existence d'une nécropole gallo-romaine sur le site et d'une tombe vénérée dès le Bas-Empire. Vers 475, sainte Geneviève fait élever une première église au-dessus de ce tombeau.
Dagobert, le premier roi enterré sur place
L'inhumation fondatrice est celle de Dagobert Ier, mort en 639 et enseveli dans l'église, qu'il avait richement dotée. Il devient la figure tutélaire du lieu : son tombeau, refait au XIIIe siècle, se voit toujours dans la basilique. Avant lui, les rois mérovingiens étaient dispersés ; après lui, Saint-Denis s'impose peu à peu. L'abbaye, devenue bénédictine, gagne aussi un rôle politique. C'est là qu'est conservée l'oriflamme, la bannière que les rois venaient prendre avant de partir en guerre.
Suger et la naissance de la nécropole dynastique
Le tournant décisif intervient sous l'abbé Suger, conseiller de Louis VI puis de Louis VII. Entre 1135 et 1144, il reconstruit le chevet et la façade dans un style nouveau, à arcs brisés et grandes verrières : Saint-Denis passe pour le premier monument gothique. Un siècle plus tard, Louis IX — Saint Louis — commande vers 1264 une série de seize gisants destinés à réunir les dynasties mérovingienne, carolingienne et capétienne sous un même toit, affirmant la continuité du pouvoir royal. À partir du XIIIe siècle, l'usage se fixe : le corps du roi à Saint-Denis, parfois le cœur et les entrailles ailleurs. Henri IV, assassiné en 1610, y repose ; Louis XIV également.
1793 : la profanation des tombeaux
À l'automne 1793, la Convention ordonne l'ouverture des sépultures royales. Du 12 octobre au début de 1794, les tombes sont vidées et les dépouilles jetées dans deux fosses communes garnies de chaux, dans le jardin voisin. Le corps d'Henri IV, remarquablement conservé, est exposé quelques jours avant d'être inhumé en fosse. Sous la Restauration, en 1817, Louis XVIII fait rouvrir ces fosses : les ossements mêlés, devenus impossibles à identifier individuellement, sont rassemblés dans un ossuaire de la crypte, derrière deux plaques de marbre noir. Les gisants et tombeaux monumentaux, eux, avaient en partie été sauvés par Alexandre Lenoir, qui les transféra à son musée des Monuments français avant leur retour à Saint-Denis.
Le saviez-vous ? Les rois ne sont pas les seuls à reposer à Saint-Denis. On y trouve aussi les tombeaux de quelques grands serviteurs de l'État, dont celui du connétable Bertrand du Guesclin, mort en 1380, que Charles V fit enterrer près des rois en signe de reconnaissance.
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