360 · Palais des Thermes (Cluny)
Julien proclamé empereur à Lutèce

Au début de l'année 360, dans une ville encore appelée Lutèce, des soldats hissent un homme sur un bouclier et le portent à bout de bras. Cet homme, c'est Julien, neveu de l'empereur Constantin et césar des Gaules depuis cinq ans. La scène se déroule autour de sa résidence parisienne, sur la rive gauche de la Seine, là où se dressent encore aujourd'hui les murs des thermes de Cluny.
Un césar coincé entre les Francs et son cousin
Julien gouverne la Gaule depuis 355. Envoyé par son cousin Constance II avec le titre de césar, il a repoussé les Alamans à Strasbourg en 357, lors d'une bataille où il aurait fait quelque 6 000 prisonniers selon les sources antiques. Ces succès militaires le rendent populaire auprès des légions du Rhin. Constance II, lui, se méfie d'un parent trop brillant. Engagé dans une guerre contre les Perses sassanides en Orient, l'empereur réclame le transfert d'une grande partie des troupes gauloises vers l'Euphrate. L'ordre tombe à Lutèce pendant l'hiver 359-360.
La mutinerie des légions à Lutèce
Les soldats refusent de partir. Beaucoup sont des Gaulois ou des auxiliaires d'origine franque et alamane, attachés à leurs familles établies sur le Rhin ; ils ont servi à condition de ne pas franchir les Alpes. La nuit, ils encerclent le palais de Julien et l'acclament Augustus — c'est-à-dire empereur, l'égal de Constance. Julien, racontent les chroniqueurs, hésite, puis cède. Faute de diadème, on lui ceint le front avec un collier ou un torque arraché à un porte-enseigne. Le récit le plus détaillé nous vient d'Ammien Marcellin, officier contemporain, et des propres écrits de Julien, qui présente toujours l'épisode comme une contrainte subie.
Le palais de la rive gauche et les thermes de Cluny
La résidence où se joue cette proclamation se trouve dans le quartier qui deviendra l'actuel Quartier latin. Tout près subsistent les thermes gallo-romains construits vers la fin du IIe siècle, dont le frigidarium — la salle froide — tient toujours debout, avec ses voûtes culminant à environ 14 mètres. On peut encore en parcourir les vestiges au musée de Cluny, le musée national du Moyen Âge. Attention toutefois : aucune preuve archéologique ne démontre que Julien résidait dans ces thermes mêmes. Son palais se trouvait dans le même secteur, mais son emplacement exact reste discuté.
De Lutèce à Constantinople
L'affrontement avec Constance II n'eut jamais lieu sur le champ de bataille. En route vers l'Orient à la tête de ses troupes, Julien apprend la mort de son cousin, survenue en novembre 361 d'une fièvre. Devenu seul maître de l'Empire, il entre à Constantinople et règne moins de deux ans. Son entreprise de restauration des cultes païens lui vaudra le surnom d'« Apostat ». Il meurt en juin 363, frappé d'un coup de lance lors d'une campagne contre les Perses, à 31 ans.
Le saviez-vous ? Julien aimait Lutèce, qu'il appelle « ma chère Lutèce » dans son ouvrage Le Misopogon. Il y décrit l'île de la Seine, la douceur de l'eau du fleuve et les hivers froids où l'on chauffait les maisons. C'est l'un des plus anciens témoignages écrits sur le climat et la vie quotidienne du futur Paris, rédigé par un empereur romain.
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