357 · (évoqué) Lutèce
Julien repousse les Alamans

À l'été 357, près de Strasbourg, une armée romaine deux fois plus petite que celle qu'elle affronte se range en bataille face aux Alamans. À sa tête, un jeune César de vingt-cinq ans que personne n'attendait sur un champ militaire : Julien, neveu de l'empereur Constance II, lettré formé à la philosophie grecque. La journée qui suit fera de lui un général.
Un césar envoyé en Gaule pour échouer
En 355, Constance II nomme son cousin Julien césar et l'envoie en Gaule, une région ravagée par les incursions germaniques. La frontière du Rhin est enfoncée : Cologne est tombée en 355, et plusieurs cités rhénanes sont occupées ou détruites. Les contemporains, et Julien lui-même, soupçonnent l'empereur de lui avoir confié une mission impossible, espérant se débarrasser d'un parent encombrant. Julien n'a aucune expérience des armes. Il apprend vite, mène une première campagne en 356, reprend Cologne, puis hiverne à Sens où il soutient un siège.
Strasbourg, été 357 : 13 000 Romains contre 35 000 Alamans
Le récit principal vient de l'historien Ammien Marcellin, officier contemporain. Une coalition de rois alamans, conduite par Chnodomar, franchit le Rhin et campe près d'Argentoratum, l'actuelle Strasbourg. Ammien chiffre les forces germaniques à environ 35 000 hommes ; Julien n'en aligne qu'environ 13 000. Le César veut d'abord retarder l'attaque, ses troupes ayant marché toute la journée, mais ses soldats réclament le combat. La cavalerie lourde romaine, les cataphractaires, cède un moment sous la charge ; Julien rétablit la ligne en personne. L'infanterie tient, perce le centre adverse, et la déroute germanique tourne au massacre sur les berges du Rhin. Chnodomar est capturé et envoyé à Constance II.
Les suites : le Rhin repris, puis la pourpre impériale
Selon Ammien, les Alamans laissent environ 6 000 morts sur le terrain, plus ceux noyés dans le fleuve, contre quelques centaines de pertes romaines. La victoire rouvre la frontière. Dans les années suivantes, Julien repasse le Rhin, pousse en territoire alaman et réorganise la défense de la Gaule. En 360, à Lutèce — le Paris romain où il a établi sa résidence d'hiver — ses soldats le proclament auguste, contre la volonté de Constance. La mort de ce dernier en 361 lui évite une guerre civile : Julien devient seul empereur. Resté dans l'histoire sous le nom de Julien l'Apostat pour avoir tenté de restaurer les cultes païens, il meurt en 363 lors d'une campagne contre les Perses.
Ce qu'il reste d'Argentoratum aujourd'hui
Argentoratum était un camp légionnaire fondé sous Auguste, base de la Legio VIII Augusta. La bataille s'est déroulée dans la plaine au sud de la ville, mais le site exact reste discuté faute de fouilles concluantes. Le Musée archéologique de Strasbourg, installé dans les sous-sols du palais Rohan, conserve stèles, monnaies et objets militaires issus du camp romain. Le tracé orthogonal du castrum se devine encore dans le plan de la Grande Île, autour de la cathédrale.
Le saviez-vous ? Julien a écrit lui-même un récit de ses campagnes gauloises, aujourd'hui perdu. C'est en partie sur ce témoignage de première main, ainsi que sur les souvenirs d'anciens combattants, qu'Ammien Marcellin s'est appuyé pour rédiger le compte rendu détaillé de Strasbourg que nous lisons encore.
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