v. 600 av. J.-C. · Marseille (Vieux-Port)
La fondation de Marseille

Vers 600 avant notre ère, des marins grecs venus d'une cité d'Asie Mineure jettent l'ancre dans une calanque protégée, sur la rive nord de ce qui deviendra le Vieux-Port. Ils viennent de Phocée, port ionien situé sur la côte de l'actuelle Turquie. La ville qu'ils fondent, Massalia, est la plus ancienne cité de France. Marseille a donc largement plus de 2 600 ans.
Phocée, une cité de marins partie chercher de nouveaux comptoirs
Les Phocéens n'étaient pas des conquérants mais des commerçants au long cours. Établis sur une bande de côte étroite et pauvre en terres, ils s'étaient spécialisés dans la navigation lointaine et avaient déjà fondé des comptoirs en Méditerranée occidentale. Leur navire de prédilection était la pentécontore, un long bateau à cinquante rameurs, rapide et adapté aux côtes inconnues. Le site qu'ils choisissent près de l'embouchure du Rhône offre une rade abritée des vents, une source d'eau douce et un débouché vers les routes de l'étain et du sel de l'intérieur gaulois.
Gyptis et Protis : ce que dit la légende, ce que dit l'archéologie
L'historien grec et le géographe romain ont transmis un récit célèbre. Le Phocéen Protis (ou Euxène) serait arrivé le jour où Nann, roi de la tribu ligure des Ségobriges, mariait sa fille. Selon la coutume, la jeune femme, nommée Gyptis, devait désigner son époux en lui tendant une coupe d'eau lors du banquet. Elle l'aurait offerte à l'étranger grec, scellant ainsi l'alliance et la fondation de la ville. Ce récit est une légende de fondation, destinée à expliquer l'entente entre Grecs et indigènes ; aucune source contemporaine ne le confirme. En revanche, l'archéologie est formelle : les fouilles menées autour du Vieux-Port, notamment lors du chantier de la Bourse dans les années 1960, ont livré de la céramique grecque importée datant des environs de 600 av. J.-C., confirmant une présence massaliète dès cette époque.
Une cité grecque qui transforme la Gaule du Sud
Massalia prospère vite grâce au commerce. Les Grecs introduisent en Gaule méridionale la vigne et l'olivier cultivés, ainsi que l'usage de la monnaie frappée. La cité essaime à son tour ses propres colonies le long de la côte : Agde, Nice et Antibes lui doivent leur origine grecque. Vers 600 également, c'est de Massalia que serait parti, plus tard, le navigateur Pythéas, qui explora les mers du Nord au IVe siècle av. J.-C. Restée fidèle à Rome pendant des siècles, la ville perd son indépendance en 49 av. J.-C. : ayant choisi le camp de Pompée, elle est assiégée et prise par les troupes de Jules César.
Ce qu'il reste de la Massalia grecque à Marseille
Le Vieux-Port actuel occupe l'emplacement exact de la rade antique, même si le rivage s'est déplacé. Le Jardin des Vestiges, près du centre commercial Bourse, présente in situ un tronçon du rempart hellénistique, une porte fortifiée et des bassins du port grec mis au jour lors des fouilles. Le Musée d'Histoire de Marseille, attenant, conserve une épave de navire marchand de l'Antiquité retrouvée dans le port. Ce sont les traces matérielles les plus directes de la cité fondée par les Phocéens.
Le saviez-vous ? Le célèbre récit du mariage de Gyptis et Protis nous est connu par l'historien romain Justin, qui résumait une œuvre bien plus ancienne de Trogue Pompée, un auteur d'origine gauloise vivant à l'époque d'Auguste. Aucun témoin du VIe siècle av. J.-C. n'en parle.
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