Ier s. · Orange
Le théâtre antique d'Orange

Au pied de la colline Saint-Eutrope, à Orange, un mur de scène long de 103 mètres et haut de 37 domine encore la ville. Louis XIV l'aurait qualifié de « plus belle muraille de mon royaume ». C'est le seul théâtre romain d'Europe à avoir conservé son mur de scène presque intact, et l'un des rares à présenter encore, dans sa niche centrale, la statue de l'empereur qui le faisait construire.
Une fondation augustéenne pour les vétérans de la IIe légion
La ville naît vers 35 avant notre ère sous le nom d'Arausio. Auguste y installe les vétérans de la Seconde légion gallique, d'où le nom officiel : Colonia Iulia Firma Secundanorum Arausio. Le théâtre s'inscrit dans ce programme d'urbanisme romain mené sous le règne d'Auguste, au tournant de notre ère, sans doute durant les premières décennies du Ier siècle. Adossé à la colline, comme le voulait la tradition grecque, il pouvait accueillir entre 7 000 et 9 000 spectateurs répartis selon leur rang social dans les gradins de la cavea.
La statue de l'empereur et le décor de marbre
Dans la grande niche centrale du mur de scène se dresse une statue de 3,55 mètres représentant un empereur en costume militaire, la main levée dans le geste de l'adlocutio, le discours aux troupes. La tête, amovible, permettait de l'adapter au souverain régnant ; on y reconnaît le plus souvent Auguste. Le frons scaenae était à l'origine couvert de marbres polychromes, de colonnes et de statues dont il ne subsiste que des fragments. Devant lui, l'espace de jeu surélevé, le pulpitum, accueillait comédies, tragédies et pantomimes. Les comédiens portaient des masques et jouaient grâce à une acoustique que le mur, en renvoyant les sons vers les gradins, rendait remarquable.
De l'abandon médiéval à la restauration du XIXe siècle
Avec la fin des spectacles antiques et l'interdiction progressive des jeux par les empereurs chrétiens, le théâtre est désaffecté au cours du Ve siècle. Le site devient une carrière de pierres, puis un quartier d'habitations : des maisons s'adossent au mur, un poste de défense s'y installe pendant les guerres de Religion. Au XIXe siècle, Prosper Mérimée, inspecteur des Monuments historiques, attire l'attention sur le monument. Les expropriations et les fouilles dégagent le théâtre des constructions parasites. Dès 1869, on y donne de nouveau des représentations : ces « Fêtes romaines » deviennent en 1902 le festival des Chorégies d'Orange, toujours vivant. L'UNESCO inscrit le théâtre et l'arc de triomphe voisin au patrimoine mondial en 1981.
Ce que le visiteur peut encore lire dans la pierre
Le mur de scène conserve ses corbeaux saillants, ces blocs percés qui soutenaient autrefois le velum, la grande toile tendue contre le soleil. Derrière le théâtre, les vestiges d'un vaste ensemble, longtemps appelé « temple » et aujourd'hui interprété avec prudence, prolongeaient le complexe. La statue impériale, redécouverte en plusieurs morceaux au XIXe siècle, a été remontée dans sa niche en 1951. Chaque été, les chanteurs d'opéra des Chorégies retrouvent l'acoustique pensée par des architectes il y a deux mille ans.
Le saviez-vous ? La tête de la statue impériale était interchangeable. À la mort d'un empereur frappé de damnatio memoriae, on pouvait remplacer le visage sans refaire tout le corps, pratique courante dans les statues officielles romaines.
En images






