Ier-IIe s. · Arènes de Nîmes
Nîmes et ses arènes

Deux niveaux d'arcades, soixante arches superposées, une façade haute de vingt et un mètres : l'amphithéâtre de Nîmes domine encore aujourd'hui le centre de la ville comme il dominait la colonie romaine de Nemausus. Construit autour de la fin du Ier siècle, il a accueilli des combats de gladiateurs pendant près de quatre cents ans avant de connaître mille autres vies.
Une colonie fondée par les vétérans d'Auguste
Nemausus tire son nom d'une source sacrée et d'une divinité gauloise, Nemausus, vénérée par les Volques Arécomiques qui peuplaient la région. La ville devient colonie de droit latin sous Auguste, vers 28 avant notre ère, et s'enrichit considérablement. On y installe des vétérans des légions, et la cité frappe une monnaie célèbre, l'as de Nîmes, montrant un crocodile enchaîné à un palmier — allusion à la conquête de l'Égypte par Auguste en 30 avant J.-C. Cette image est aujourd'hui le blason de la ville. Au IIe siècle, Nemausus compte parmi les villes les plus prospères de la Narbonnaise, dotée de remparts, d'un forum, de la Maison Carrée et d'un castellum alimenté par l'aqueduc qui passe par le Pont du Gard.
Vingt-quatre mille spectateurs sous le soleil
L'amphithéâtre mesure 133 mètres sur 101, pour une arène centrale de 68 mètres sur 38. Trente-quatre rangées de gradins pouvaient accueillir environ 24 000 spectateurs, répartis selon un ordre social strict : les notables au plus près de l'arène, le petit peuple tout en haut. Un système de couloirs et de 124 escaliers, les vomitoires, permettait d'évacuer la foule rapidement. On y donnait des combats de gladiateurs et des chasses d'animaux, les venationes. Sous le plancher de l'arène subsistent les fosses où l'on préparait les machineries et les décors. Le monument est l'un des mieux conservés du monde romain, mieux encore que celui d'Arles, son voisin et contemporain.
D'un château wisigoth à un quartier habité
Quand l'Empire s'effondre, l'amphithéâtre ne tombe pas en ruine : il change de fonction. Les Wisigoths, puis les vicomtes de Nîmes au Moyen Âge, en font une forteresse. On mure les arcades, on creuse des fossés, on installe des tours. À l'intérieur s'entasse peu à peu un véritable village : au XVIIIe siècle, on y comptait quelque 700 habitants, deux églises et des dizaines de maisons construites contre les gradins antiques. Ce n'est qu'à partir de 1809, sous l'impulsion de l'administration impériale et des premiers archéologues, que l'on entreprend de vider le monument de ses constructions parasites pour le restituer.
Des gladiateurs aux toreros
Dégagées au XIXe siècle, les arènes retrouvent une vocation de spectacle. Dès 1853, on y organise des courses de taureaux, et la corrida s'y installe durablement : la Feria de Nîmes, créée en 1952, y attire chaque année des dizaines de milliers de personnes à la Pentecôte. Concerts, reconstitutions historiques et événements sportifs s'y succèdent. Le monument, classé au titre des monuments historiques dès 1840 sur la première liste dressée par Prosper Mérimée, reste l'un des amphithéâtres romains les plus visités d'Europe.
Le saviez-vous ? Le crocodile enchaîné, symbole de Nîmes, vient directement des pièces de monnaie romaines frappées vers 28 avant J.-C. pour célébrer la victoire d'Auguste sur l'Égypte de Cléopâtre. On peut voir ce motif incrusté en bronze dans le pavé de la place du Marché, au cœur de la vieille ville.
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