1989 · Grande Arche
La Grande Arche de la Défense

Le 14 juillet 1989, sous une voile de toile blanche tendue dans le vide, François Mitterrand inaugure un cube évidé de 110 mètres de côté à l'extrémité ouest de l'axe historique parisien. La cérémonie sert aussi de cadre au sommet du G7 et aux célébrations du bicentenaire de la Révolution. Le monument, baptisé Grande Arche, ferme une perspective ouverte trois siècles plus tôt par André Le Nôtre depuis les Tuileries.
Un concours gagné par un inconnu danois
En 1982, le président lance un concours international pour achever la « tête Défense ». Sur 424 projets reçus, le jury retient une épure géométrique signée d'un architecte danois quasi inconnu en France, Johann Otto von Spreckelsen, associé à l'ingénieur Paul Andreu, par ailleurs concepteur des terminaux de Roissy. Spreckelsen imagine une « fenêtre sur le monde », un arc de triomphe contemporain dédié non aux victoires militaires mais à l'humanité. Il démissionne du projet en 1986, miné par les tensions du chantier, et meurt en mars 1987 sans voir l'ouvrage achevé. Andreu mènera seul la construction à son terme.
Une géométrie pensée comme un manifeste
Le bâtiment forme un cube presque parfait : 110,9 mètres de large, 106,9 mètres de haut, 112 mètres de profondeur. Sa cavité centrale est si vaste que Notre-Dame de Paris, flèche comprise, y tiendrait tout entière. L'Arche n'est pas alignée sur l'axe Louvre-Concorde-Étoile : elle pivote de 6,33 degrés. Cette inclinaison, loin d'être un caprice esthétique, répond à une contrainte technique. Les fondations devaient éviter le faisceau de voies ferrées, de tunnels routiers et de lignes de métro et de RER qui passent sous le parvis. Le même angle, par coïncidence, se retrouve à la Cour carrée du Louvre, de l'autre côté de Paris.
Une prouesse de béton et de marbre
L'ouvrage repose sur douze piliers seulement, qui supportent une masse d'environ 300 000 tonnes. Les deux parois latérales abritent des bureaux ; le toit, longtemps occupé par des espaces d'exposition, culmine à plus de cent mètres. Façades et parois intérieures sont habillées de marbre de Carrare et de verre, soit quelque 35 000 mètres carrés de plaques. Sous l'arche, l'architecte Peter Rice conçoit le « nuage », une toile suspendue censée filtrer le vent et adoucir le passage des visiteurs. Le coût total avoisine les 3,3 milliards de francs de l'époque. La paroi sud accueillit longtemps des ministères, tandis que la paroi nord fut louée à des entreprises privées.
Ce que l'on peut voir aujourd'hui
Après une longue fermeture, le toit de l'Arche a rouvert au public en 2017, à l'issue d'une rénovation qui a notamment vu disparaître les ascenseurs panoramiques d'origine. Depuis la terrasse, la trouée se prolonge en ligne droite jusqu'à l'obélisque de la Concorde et l'Arc de triomphe, à plus de quatre kilomètres. Le marbre blanc, qui se descellait par endroits, a été remplacé par du granit gris de Carélie, plus résistant aux intempéries.
Le saviez-vous ? L'idée d'un grand monument fermant l'axe de la Défense est bien antérieure à Mitterrand. Dès les années 1930, plusieurs projets avaient été imaginés, et Le Corbusier lui-même avait esquissé une proposition. C'est finalement un cube danois, et non une statue ou une colonne, qui clôt la perspective tracée par Le Nôtre vers 1670.
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