14 juillet 1919 · Arc de Triomphe / Champs-Élysées, Paris
Le défilé de la Victoire

Le 14 juillet 1919, dès l'aube, une foule estimée à plus d'un million de personnes se presse sur les Champs-Élysées. Sept mois après l'armistice et trois semaines après la signature du traité de Versailles, la France célèbre la fin de la Grande Guerre par un défilé que la presse baptise aussitôt « défilé de la Victoire ». À 8 heures, les troupes alliées s'ébranlent depuis la porte Maillot, en direction de l'Arc de Triomphe.
Les mille mutilés qui ouvrent la marche
Le cortège ne commence pas par des généraux à cheval mais par un millier de soldats mutilés. Sur décision du gouvernement, ces invalides — amputés, aveugles, défigurés que l'on nommera bientôt les « gueules cassées » — précèdent l'ensemble du défilé. Le geste est délibéré : la victoire de 1918 a coûté à la France près de 1,4 million de morts et plusieurs millions de blessés. Derrière eux marchent les maréchaux Joffre et Foch, côte à côte, suivis du général Pershing à la tête des Américains et de Douglas Haig pour les Britanniques. Les contingents des nations alliées défilent par ordre alphabétique, de la Belgique aux États-Unis.
Passer sous l'Arc de Triomphe, un interdit levé
Depuis la mort de Napoléon, aucune troupe n'avait franchi l'Arc de Triomphe sous sa voûte. Le monument, achevé en 1836, était resté un seuil que l'on contournait par respect. Le 14 juillet 1919, les soldats victorieux passent pour la première fois sous l'arche, du côté de l'avenue de la Grande-Armée vers les Champs-Élysées. Un détail rappelle alors le deuil au milieu de la liesse : pour les fêtes de la veille, on avait suspendu sous la voûte un cénotaphe, monument funéraire provisoire en l'honneur des morts. Il fut retiré dans la nuit pour libérer le passage des troupes.
Versailles, six jours plus tôt
Le défilé prend tout son sens à la lumière du calendrier diplomatique. Le 28 juin 1919, dans la galerie des Glaces du château de Versailles, l'Allemagne avait signé le traité qui mettait officiellement fin à l'état de guerre. Georges Clemenceau, président du Conseil surnommé le « Père la Victoire », avait conduit les négociations françaises. Le choix du 14 juillet pour le grand défilé n'a rien d'un hasard : associer la fête nationale au triomphe militaire scellait dans la mémoire collective le lien entre la République et la victoire. Foch avait été nommé commandant en chef des armées alliées en avril 1918, quelques mois avant l'effondrement allemand.
Du défilé de 1919 au soldat inconnu
Le cortège de 1919 laisse une trace durable sur les lieux. L'émotion suscitée par les mutilés en tête de défilé nourrit le débat qui aboutit, le 11 novembre 1920, à l'inhumation du Soldat inconnu sous l'Arc de Triomphe. La flamme du souvenir y est allumée pour la première fois le 11 novembre 1923, à l'initiative de l'écrivain Gabriel Boissy ; elle est ravivée chaque soir depuis. Aujourd'hui encore, le défilé militaire du 14 juillet descend les Champs-Élysées, perpétuant le tracé inauguré au lendemain de la guerre.
Le saviez-vous ? Le peintre Claude Monet, alors âgé de 78 ans et quasi aveugle, ne put assister au défilé. C'est pourtant lui qui, au matin de l'armistice du 11 novembre 1918, avait écrit à Clemenceau pour lui offrir deux toiles de Nymphéas « à signer le jour de la Victoire » : ce don est à l'origine de l'actuel musée de l'Orangerie.
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