496 · Cathédrale de Reims
Le baptême de Clovis à Reims

Un roi franc, encore païen, s'avance vers une cuve baptismale dans la cité de Reims. Avec lui, la tradition rapporte que trois mille de ses guerriers reçoivent le baptême le même jour. L'évêque qui officie s'appelle Remi. La scène fonde une idée qui traversera tout le Moyen Âge : celle d'un roi des Francs choisi par le Dieu des chrétiens.
Un roi mérovingien rallié au christianisme de Nicée
Clovis, fils de Childéric, règne sur les Francs saliens depuis 481 environ. En 486, sa victoire sur Syagrius à Soissons lui ouvre le nord de la Gaule. Son épouse, Clotilde, princesse burgonde, est chrétienne et pousse à la conversion. Le point décisif n'est pas seulement religieux : Clovis adopte le christianisme dit nicéen, celui de l'Église romaine, alors que les autres rois germaniques de l'époque — Wisigoths, Burgondes, Ostrogoths — sont ariens. Ce choix le range du côté de l'épiscopat gallo-romain et de l'aristocratie locale.
Grégoire de Tours, source unique et tardive
Le récit le plus complet vient de Grégoire de Tours, dans son Histoire des Francs, rédigée vers 575-590, soit près d'un siècle après l'événement. C'est lui qui raconte le vœu de Clovis avant la bataille de Tolbiac contre les Alamans : promettant de se convertir s'il l'emporte, le roi gagne, puis tient parole. C'est encore Grégoire qui place dans la bouche de Remi la formule restée célèbre, invitant le roi à « adorer ce qu'il a brûlé, brûler ce qu'il a adoré ». Ces détails relèvent de la mise en scène édifiante autant que du fait. L'historien retient en revanche le fait central : un roi franc baptisé par Remi à Reims.
496 ou 508 ? Une date contestée
La date traditionnelle est le 25 décembre 496. Elle reste largement reprise, mais une partie des historiens la discute. Une lettre d'Avit de Vienne félicitant Clovis pour son baptême, et le contexte des guerres contre les Wisigoths (victoire de Vouillé en 507), ont conduit plusieurs chercheurs à proposer 498, voire 508. La fourchette généralement admise va de 496 à 508. Le chiffre des « trois mille » soldats baptisés, lui, est un ordre de grandeur symbolique transmis par la tradition, non un comptage. La célèbre ampoule d'huile sainte apportée par une colombe pour l'onction apparaît, elle, dans un texte bien plus tardif d'Hincmar, archevêque de Reims au IXe siècle.
Reims, lieu de mémoire d'un sacre fondateur
Le baptistère où fut baptisé Clovis n'existe plus ; la cathédrale gothique actuelle, Notre-Dame de Reims, fut commencée en 1211. Mais c'est précisément le souvenir de Clovis et de la Sainte Ampoule qui fit de Reims le lieu du sacre des rois de France, du couronnement de Louis le Pieux en 816 jusqu'à celui de Charles X en 1825. Au portail nord de la cathédrale, une statue montre le baptême du roi. La basilique Saint-Remi, toute proche, conserve le tombeau de l'évêque, mort vers 533.
Le saviez-vous ? Le verre commémoratif servi à table sous l'Ancien Régime, le « rœmer », n'a rien à voir avec Reims : son nom vient de l'allemand. En revanche, le mot Reims et la mémoire de Clovis ont bel et bien fait de cette ville le théâtre de trente-trois sacres royaux.
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