1914–1918 · Verdun, Meuse

La Première Guerre mondiale

La Première Guerre mondiale

Le 21 février 1916, à 7 h 15, un obus de 380 tire par une pièce de marine allemande explose dans la cour du palais épiscopal de Verdun, à une vingtaine de kilomètres du front. C'est le premier coup d'une bataille qui durera 300 jours. Sur ce saillant de la Meuse, les armées française et allemande vont s'affronter dans ce qui reste l'une des plus longues batailles de l'histoire.

Falkenhayn et le plan de « saignée »

L'attaque est l'œuvre d'Erich von Falkenhayn, chef de l'état-major général allemand. Son calcul est froid : il choisit Verdun moins pour percer que pour attirer l'armée française dans un secteur où il pourra la « saigner à blanc ». La ville, héritière des forts construits après 1871 par Séré de Rivières, a une valeur symbolique forte ; les Français, pense-t-il, la défendront jusqu'au dernier homme.

L'offensive, baptisée Gericht (« jugement »), s'ouvre par neuf heures de bombardement sur un front étroit de huit kilomètres. Le 25 février, le fort de Douaumont, le plus puissant de la place, tombe presque sans combat : une poignée de soldats allemands du régiment de Brandebourg s'y infiltrent et capturent la garnison réduite. La nouvelle provoque la consternation à Paris.

Pétain, la « Voie sacrée » et la noria

Fin février, le commandement confie la défense au général Philippe Pétain. Faute de voie ferrée, le ravitaillement passe par une seule route reliant Bar-le-Duc à Verdun. On y fait rouler, jour et nuit, des camions à intervalles de quelques secondes : jusqu'à 8 000 par jour pendant les pics de la bataille. L'écrivain Maurice Barrès la baptisera la « Voie sacrée ».

Pétain organise aussi la noria : la relève régulière des divisions, pour qu'aucune unité ne s'épuise trop longtemps en première ligne. Au total, environ les trois quarts de l'armée française passeront par Verdun. Cette rotation explique l'ancrage du souvenir dans toute la France — presque chaque famille y compta un combattant.

Reprise des forts et bilan

L'effort allemand culmine au printemps et à l'été 1916. Le fort de Vaux, défendu par le commandant Sylvain-Eugène Raynal, résiste jusqu'au 7 juin avant de capituler, faute d'eau. À l'automne, sous l'impulsion du général Robert Nivelle et avec le général Charles Mangin, les Français passent à la contre-offensive : Douaumont est repris le 24 octobre, Vaux le 2 novembre. La bataille s'achève en décembre, les lignes étant revenues à peu près à leur point de départ.

Le bilan est terrible : autour de 300 000 morts, Français et Allemands confondus, pour des pertes totales souvent estimées à 700 000 hommes. Aujourd'hui, l'ossuaire de Douaumont, inauguré en 1932, abrite les restes d'environ 130 000 soldats non identifiés des deux camps. Autour, le « Zone rouge » conserve les villages détruits, comme Fleury-devant-Douaumont, rayé de la carte et jamais reconstruit.

Le saviez-vous ? Le mot d'ordre « On ne passe pas ! », souvent attribué à Pétain, ne se trouve dans aucun de ses ordres. La formule la plus proche, « Ils ne passeront pas », fut prononcée par Nivelle dans un ordre du jour de juin 1916. Pétain, lui, est resté associé à une phrase autrement sobre : « Courage, on les aura ! »

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