IIe s. · Rue Saint-Jacques

Le cardo maximus, grand axe romain à Lutèce

Le cardo maximus, grand axe romain à Lutèce

Sous le bitume de la rue Saint-Jacques dort une chaussée vieille de près de deux mille ans. Quand les Romains fondent leur ville sur la rive gauche de la Seine, ils tracent un axe nord-sud rectiligne qui grimpe la pente de la montagne Sainte-Geneviève. Cette rue, l'une des plus anciennes de Paris, suit encore aujourd'hui le tracé du grand cardo de Lutèce.

Une ville quadrillée selon le modèle romain

Lutèce romaine ne se développe pas sur l'île de la Cité, trop exiguë, mais sur la rive gauche, autour de l'actuelle montagne Sainte-Geneviève. Les arpenteurs y appliquent le plan en damier des villes de l'Empire : deux axes principaux structurent l'agglomération. Le decumanus, orienté est-ouest, et le cardo maximus, orienté nord-sud, qui descend vers la Seine et se prolonge au-delà pour relier la cité au reste de la Gaule.

Ce cardo n'est pas une voie locale. Il s'inscrit dans la grande route qui mène, vers le sud, à Cenabum (Orléans), et au-delà vers Lyon, capitale des Gaules. La rue Saint-Jacques, puis la rue Saint-Jacques prolongée par la rue du Faubourg-Saint-Jacques, en conservent l'alignement.

Ce que la chaussée traversait

En remontant le cardo depuis la Seine, un habitant du IIe siècle longeait les principaux monuments de la ville. Sur le flanc est se trouvaient les thermes : ceux dont les vestiges subsistent aujourd'hui dans l'hôtel de Cluny, boulevard Saint-Michel, comptent parmi les plus imposants vestiges romains de Paris, avec leur grande salle voûtée encore debout, le frigidarium. Plus au sud s'étendait le forum, centre civique et commercial, dont l'emprise correspond aux abords de l'actuelle rue Soufflot.

Les fouilles ont mis au jour, sous la rue Saint-Jacques et ses environs, les niveaux de cette voie antique : un empierrement soigné, bordé de trottoirs et de canalisations. La largeur de la chaussée et la qualité de son drainage révèlent une artère majeure, pensée pour le passage des chars et l'écoulement des eaux le long de la pente.

D'une voie romaine à un chemin de pèlerinage

Le nom de Saint-Jacques est bien plus tardif que la voie elle-même. Il s'impose au Moyen Âge, lorsque l'axe romain devient l'un des points de départ parisiens du pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Les pèlerins quittaient Paris par cette rue, en direction du sud, suivant sans le savoir l'antique cardo.

Une précision s'impose contre une idée reçue tenace : la continuité du tracé ne signifie pas que la rue actuelle repose partout sur les dalles romaines d'origine. Le sol s'est exhaussé de plusieurs mètres depuis l'Antiquité, et la chaussée a été refaite d'innombrables fois. Ce qui se transmet, c'est la direction, l'orientation héritée des arpenteurs, non le pavé lui-même.

Le saviez-vous ? Le nom même de la rive gauche comme « quartier latin » prolonge cette mémoire antique : c'est là que l'Université médiévale s'établit, sur les hauteurs jadis occupées par le forum et les édifices publics de Lutèce, le long de l'ancien cardo.

En images

Lutèce animée
Lutèce animée
Les temples
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Le forum
Le forum
Les villas
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La vie quotidienne
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L'héritage romain
L'héritage romain
Les vestiges
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