502 · Abbaye Sainte-Geneviève
Mort de sainte Geneviève

Un 3 janvier, sur la colline qui domine la rive gauche de la Seine, une vieille femme s'éteint dans une basilique encore en chantier. Elle a près de quatre-vingts ans. Née vers 420 à Nanterre, Geneviève meurt à Paris quelques mois après le roi Clovis, dans l'église des Saints-Apôtres que le souverain avait fait élever sur le mont voisin. Sa tombe y rejoint celle du roi des Francs.
502 ou 512 : une date de mort qui se déplace
La tradition fixe la mort de Geneviève au 3 janvier 512. L'historiographie récente la fait reculer de dix ans, au 3 janvier 502. L'écart n'est pas une coquetterie d'érudits : il touche à la chronologie de Clovis, mort en 511, et à l'ordre des sépultures. Geneviève survit au roi de quelques mois seulement. Elle est inhumée dans la crypte de la basilique que Clovis et son épouse Clotilde avaient lancée. En 543, Clotilde à son tour vient s'y faire ensevelir. Trois corps, donc, dans le même sanctuaire des hauteurs : un roi, une reine, une religieuse.
Le mont Lucotitius devient la montagne Sainte-Geneviève
La colline s'appelait alors mons Lucotitius. Au retour de sa campagne victorieuse contre les Wisigoths, vers 508, Clovis fait entreprendre la construction d'une basilique dédiée aux saints Pierre et Paul. Le roi y est enseveli comme fondateur en 511, avant l'achèvement de l'édifice. La présence du tombeau de Geneviève transforme peu à peu le lieu : l'église des Saints-Apôtres devient l'abbaye Sainte-Geneviève, et la hauteur prend le nom qu'elle porte encore, la montagne Sainte-Geneviève, dans l'actuel 5e arrondissement.
Ce que l'histoire retient, ce que la légende ajoute
Geneviève est surtout connue pour avoir, en 451, dissuadé les Parisiens de fuir devant Attila ; les Huns contournèrent la cité. La part de la femme réelle et la part du récit édifiant sont ici difficiles à démêler : la tradition la fait alors âgée de 28 ans, mais l'arrêt des Huns tient à des causes militaires qui dépassent largement une figure isolée. Plus solide est l'épisode du ravitaillement. Dans les années 470, alors que les Francs assiègent Paris affamée, Geneviève aurait organisé un convoi de bateaux pour remonter du blé jusqu'à la ville. Femme de décision, en lien avec les évêques et les rois, elle relève d'une autorité chrétienne bien attestée pour la Gaule du Ve siècle, par-delà les miracles que lui prêtera la dévotion postérieure.
Du tombeau sur le mont aux cendres dans la Seine
Le tombeau fit de l'abbaye un grand lieu de pèlerinage. Une châsse ornée de douze statues d'or abrita les reliques jusqu'à la Révolution. La fin fut brutale. Le 8 novembre 1793, la châsse est portée à la Monnaie pour y être fondue ; le 21 novembre, les ossements de la sainte sont brûlés en place de Grève et les cendres jetées à la Seine. Sur le mont, l'abbaye médiévale a disparu : il en subsiste la « tour Clovis », clocher englobé aujourd'hui dans l'enceinte du lycée Henri-IV. Tout près, l'église Saint-Étienne-du-Mont conserve un reliquaire moderne avec quelques restes — un avant-bras, des phalanges — dispersés avant 1793 et sauvés par leur discrétion.
Le saviez-vous ? L'immense église néoclassique que Soufflot éleva au sommet de la montagne pour abriter le culte de Geneviève fut achevée à la veille de la Révolution. Sécularisée, elle devint le Panthéon : le sanctuaire bâti pour la patronne de Paris est aujourd'hui la nécropole laïque des grands hommes de la République.
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