IIe-IIIe s. · Rive gauche

Lutèce délaissée et pillée par les invasions germaniques

Lutèce délaissée et pillée par les invasions germaniques

Sous le parking souterrain de la rue Soufflot, dans le 5e arrondissement, un pan de mur appareillé subsiste à hauteur d'un escalier de béton. C'est tout ce qui reste, ou presque, du forum de Lutèce. Vers 275, quand les bandes germaniques déferlent sur la Gaule, les habitants de la rive gauche le démontent eux-mêmes, pierre après pierre, pour aller fortifier l'île de la Cité.

Une ville ouverte, sans muraille, prise de flanc

Lutèce romaine s'était développée sur le versant sud, la colline aujourd'hui couronnée par le Panthéon. Une ville quadrillée à la romaine, dont le grand axe nord-sud, le cardo maximus, suivait le tracé de l'actuelle rue Saint-Jacques. En 1927, le remplacement d'une conduite de gaz devant le Collège de France en a fait réapparaître cinq dalles. Mais cette cité aérée, étalée, n'avait pas de rempart. Aux Ier et IIe siècles, la pax romana rendait les murailles superflues. Cette confiance allait coûter cher.

Vers 275 : Francs et Alamans sur la Seine

Le IIIe siècle est celui de la grande crise de l'Empire. Sur le Rhin, la pression des peuples germaniques cède : Alamans à l'est, Francs au nord franchissent le limes et pillent les campagnes gauloises. Vers 275-276, Lutèce est touchée à son tour. Les quartiers de la rive gauche, sans défense, sont saccagés et incendiés. Les fouilles archéologiques y ont retrouvé des couches de destruction et d'incendie datant de cette période. Le forum, les thermes du nord de la ville, les rues à portiques : tout le tissu urbain de la colline est frappé.

Le repli sur l'île et le pillage de ses propres monuments

Face au danger, les survivants prennent une décision radicale : ils abandonnent la rive gauche et se replient sur l'île de la Cité, plus facile à défendre. Pour ceinturer l'île d'un rempart construit dans l'urgence, ils ne taillent pas de pierres neuves — ils récupèrent celles des édifices de la ville haute. Les arènes, amphithéâtre du Ier-IIe siècle aujourd'hui caché au 49 rue Monge, perdent ainsi une bonne partie de leur appareil. Ce remploi de blocs déjà sculptés, parfois posés à l'envers, a été observé dans les vestiges de l'enceinte insulaire. La grande Lutèce de la rive gauche ne s'en relèvera pas vraiment : le centre de gravité de la ville bascule définitivement vers l'île.

Ce qui a survécu au désastre

Tout n'a pourtant pas disparu. Les thermes du nord, dits thermes de Cluny, ont gardé leur frigidarium presque intact, ses voûtes culminant à quatorze mètres ; le bâtiment, coiffé au Moyen Âge par l'hôtel des abbés de Cluny, abrite aujourd'hui le musée national du Moyen Âge. Les arènes, elles, ont échappé de justesse à la démolition au XIXe siècle, sauvées notamment grâce à une lettre publique de Victor Hugo en 1883. Quant au forum, on en voit encore un fragment de mur dans la cage d'escalier du parking de la rue Soufflot.

Le saviez-vous ? Les arènes de Lutèce ont disparu sous terre pendant des siècles. On ne les a redécouvertes qu'en 1869-1870, lors du percement de la rue Monge et de la construction d'un dépôt de tramways, qui faillit les détruire pour de bon.

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