451 · Montagne Sainte-Geneviève, Paris
Sainte Geneviève face à la menace d'Attila

Au printemps 451, la nouvelle remonte les routes de Gaule : Attila a franchi le Rhin. Ses cavaliers ont brûlé Metz le 7 avril, puis se sont dirigés vers Orléans. À Paris, qu'on appelle encore Lutèce, les habitants chargent leurs biens sur des chariots pour fuir vers le sud. Une femme d'une trentaine d'années les en dissuade : Geneviève.
Une consacrée formée par Germain d'Auxerre
Geneviève naît vers 420 à Nemetodurum, l'actuelle Nanterre. Selon sa Vita, rédigée vers 520, soit une génération après sa mort, elle est remarquée enfant par Germain, évêque d'Auxerre, de passage avec Loup de Troyes en route vers la Bretagne insulaire. Vers quinze ans, elle reçoit le voile des vierges consacrées des mains de l'évêque de Paris. Elle ne fonde pas de monastère et ne quitte pas le monde : elle vit dans la cité, pratique le jeûne et l'aumône, et acquiert une autorité morale rare pour une femme laïque de ce temps.
Le siège qui n'eut pas lieu
L'épisode le plus célèbre tient en une rumeur. Quand Attila menace Paris, Geneviève réunit les femmes de la ville et les exhorte à rester, assurant que la cité sera épargnée si l'on prie. Les hommes, eux, veulent fuir et l'accusent d'être une fausse prophétesse. L'histoire lui donne raison : Attila contourne Paris. Le roi des Huns met le siège devant Orléans, défendue par l'évêque Aignan, avant d'être arrêté aux champs Catalauniques, près de Troyes, par l'armée romaine d'Aetius alliée au Wisigoth Théodoric Ier, à l'été 451.
Il faut être net sur un point : aucune source ne dit qu'Attila renonça à cause de Geneviève. Sa route le menait vers la Loire, non vers la Seine. La Vita transforme une coïncidence stratégique en signe divin. Ce qui est historique, c'est qu'une femme empêcha la panique d'une ville ; le miracle, lui, relève du récit hagiographique.
De la colline aux nefs du Panthéon
Geneviève meurt vers 502, très âgée. Elle est inhumée sur la colline de la rive gauche, où Clovis et Clotilde font élever une basilique dédiée aux Saints-Apôtres, qui prendra son nom. Le lieu devient la Montagne Sainte-Geneviève. L'abbaye médiévale qui s'y développe disparaît à la Révolution ; il en subsiste la tour Clovis, aujourd'hui dans l'enceinte du lycée Henri-IV, et l'église Saint-Étienne-du-Mont voisine, qui conserve sa châsse. Quant à la grande église néoclassique que Louis XV avait promise à la sainte, commencée par Soufflot en 1764, la Révolution la débaptisa : c'est le Panthéon.
Le saviez-vous ? Les reliques de Geneviève furent brûlées en place de Grève le 3 décembre 1793, et leurs cendres jetées dans la Seine. Saint-Étienne-du-Mont n'abrite plus qu'un fragment de son tombeau original et quelques ossements échappés à la destruction.
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