IXe s. · Rouen
Charles le Gros paie rançon aux Normands

À l'automne 885, des centaines de navires scandinaves remontent la Seine et viennent buter sur les ponts de Paris. Un an plus tard, ce n'est pas une bataille qui clôt le siège, mais un marché : l'empereur Charles le Gros, accouru avec son armée, préfère payer les assaillants plutôt que de les combattre. Pour Rouen et toute la Neustrie, l'épisode confirme une habitude prise depuis un demi-siècle.
Rouen, première ville pillée puis rachetée de la Seine
Rouen occupe la position clé sur la basse Seine, à la charnière entre l'estuaire et l'intérieur. Dès 841, une flotte conduite par un chef que les sources nomment Asgeir pille la ville et incendie l'abbaye voisine de Jumièges. La cité, siège d'un archevêché ancien, devient un point de passage obligé pour les expéditions qui visent Paris en amont. Les chroniqueurs francs, en particulier les Annales de Saint-Bertin puis les Annales de Saint-Vaast, décrivent une Seine ouverte, où les ponts fortifiés de Charles le Chauve à Pîtres et à Pont-de-l'Arche tentent, sans grand succès, de bloquer la remontée des bateaux.
Le tribut, une politique royale avant Charles le Gros
Payer les Normands n'est pas une invention de l'empereur. Dès 845, Charles le Chauve verse 7 000 livres d'argent au chef Reginheri (souvent identifié au Ragnar de la légende) pour qu'il quitte Paris. D'autres versements suivent en 853, 861 et 866, ce dernier atteignant 4 000 livres d'argent. Ces sommes, levées sous le nom de Danegeld, pèsent sur les églises et les domaines royaux. Le procédé achète la paix pour un temps, mais signale aussi la faiblesse militaire d'un pouvoir franc divisé entre héritiers rivaux depuis le partage de Verdun en 843.
886 : un empereur qui paie au lieu de se battre
Petit-fils de Charlemagne, Charles le Gros réunit en sa personne, à partir de 884, la quasi-totalité de l'héritage carolingien. Lorsque le siège de Paris s'enlise, la ville est défendue par le comte Eudes et l'évêque Gozlin, mort en cours de siège. L'empereur arrive enfin devant Paris à l'automne 886. Plutôt que de livrer combat, il négocie : les Normands obtiennent l'autorisation de remonter vers la Bourgogne, alors en révolte, et la promesse d'un tribut, que les sources évaluent à 700 livres d'argent, payable l'année suivante. Le moine Abbon de Saint-Germain-des-Prés, témoin du siège, raconte l'épisode dans son poème Bella Parisiacae urbis avec une amertume manifeste envers l'empereur.
Une humiliation aux conséquences durables
L'accord scelle le discrédit de Charles le Gros. Les grands du royaume le jugent incapable, et il est déposé en novembre 887, quelques semaines avant sa mort en janvier 888. Le comte Eudes, héros de la défense de Paris, est élu roi des Francs : la couronne échappe pour la première fois à la lignée carolingienne directe. Sur la Seine, la pression normande ne cesse pas. Elle se résout en 911, quand le roi Charles le Simple cède à Rollon la région autour de Rouen par l'accord dit de Saint-Clair-sur-Epte, acte de naissance de la Normandie.
Le saviez-vous ? Le surnom « le Gros » (Crassus) n'apparaît pas du vivant de Charles : il est attesté seulement à partir du XIIe siècle, dans une chronique alsacienne. Ses contemporains le désignaient par son seul nom et son numéro de règne.
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