885-886 · Île de la Cité
Eudes, comte de Paris, héros de la défense

À l'automne 885, une flotte que les chroniqueurs décrivent par centaines de navires remonte la Seine et s'arrête devant Paris. La ville tient sur l'Île de la Cité, reliée aux deux rives par deux ponts fortifiés. Pour franchir le fleuve et continuer vers la riche Bourgogne, les Vikings doivent prendre ces ponts. Face à eux, le comte Eudes refuse de payer le tribut qu'on lui réclame.
Deux ponts, deux tours, une île à défendre
Paris n'est alors qu'une petite cité resserrée sur l'Île de la Cité, mais sa position bloque la navigation. Deux ponts la relient aux berges : le Grand Pont au nord (vers l'actuelle rive droite) et le Petit Pont au sud. Chacun s'appuie sur une tour de garde. Le moine Abbon de Saint-Germain-des-Prés, témoin direct, raconte le siège dans son poème latin Bella Parisiacae urbis, l'une de nos meilleures sources. Les défenseurs sont peu nombreux : Abbon parle de deux cents hommes d'armes environ, autour du comte Eudes et de l'évêque Gozlin, qui meurt pendant le siège, au printemps 886.
Eudes, comte robertien et chef de la résistance
Eudes est le fils aîné de Robert le Fort, marquis de Neustrie tué en 866 en combattant précisément les Normands. Devenu comte de Paris, il dirige la défense aux côtés de Gozlin. Quand les assaillants, conduits selon les sources par un chef nommé Sigfrid, lancent assauts, machines et brûlots contre les tours, Eudes tient. Un épisode est resté célèbre : la crue de février 886 emporte le Petit Pont, isolant la petite tour de la rive sud ; ses douze défenseurs sont massacrés après avoir refusé de se rendre. La ville, elle, ne tombe pas.
L'empereur arrive, Eudes devient roi
Le siège dure plus d'un an. Eudes parvient à franchir les lignes ennemies pour aller chercher des secours et revient forcer le passage. À l'automne 886, l'empereur Charles le Gros se présente enfin avec son armée — mais au lieu de livrer bataille, il négocie : il autorise les Vikings à passer pour aller ravager la Bourgogne et leur promet un tribut. Cette dérobade discrédite le souverain carolingien, déposé en 887. En février 888, les grands du royaume de Francie occidentale élisent roi non pas un Carolingien, mais Eudes, le défenseur de Paris. C'est la première fois qu'un Robertien ceint la couronne — la dynastie dont sortira, un siècle plus tard, Hugues Capet.
Ce qu'il reste du Paris assiégé
De la cité d'Eudes, presque rien n'est visible aujourd'hui : les ponts médiévaux ont disparu, remplacés et déplacés. Le tracé du Petit Pont, reconstruit au fil des effondrements, subsiste pourtant au même endroit, reliant l'île à la rive gauche près de Notre-Dame. Les fouilles de la crypte archéologique du parvis Notre-Dame ont mis au jour des vestiges du rempart antique qui ceignait encore l'île au IXe siècle.
Le saviez-vous ? Eudes n'a jamais fondé de dynastie continue : à sa mort en 898, la couronne revient au Carolingien Charles le Simple. Les Robertiens et les Carolingiens se disputeront le trône pendant un siècle, jusqu'à l'élection d'Hugues Capet en 987 — descendant direct du frère d'Eudes, Robert.
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