Ve s. · Tournai
Childéric et la montée des Mérovingiens

En 1653, un ouvrier sourd-muet, Adrien Quinquin, creuse près de l'église Saint-Brice de Tournai et bute sur une sépulture extraordinaire : armes, bijoux d'or, un anneau gravé du nom CHILDIRICI REGIS. On venait de retrouver le tombeau du père de Clovis, mort vers 481. C'est l'une des rares fois où l'archéologie met un visage matériel sur un roi du Ve siècle.
Un chef franc au service de Rome finissante
Childéric règne sur les Francs saliens à partir des années 460, alors que l'Empire romain d'Occident agonise. Il n'est pas un conquérant indépendant face à Rome : les sources, notamment Grégoire de Tours dans son Histoire des Francs (rédigée vers 575-594), le montrent combattant aux côtés des Romains. Avec le général Aegidius, puis avec le comte Paul, il aurait lutté contre les Wisigoths et les Saxons dans la région de la Loire et autour d'Angers. Son pouvoir s'enracine dans le nord de la Gaule, sur un territoire encore nominalement romain.
Le trésor de Tournai, preuve d'un roi païen
La tombe de 1653 a livré près de trois cents abeilles ou cigales d'or qui ornaient sans doute un manteau, une épée et une francisque, un crâne de cheval et l'anneau sigillaire portant l'effigie barbue du roi. Ces objets datent le décès autour de 481-482 et confirment que Childéric, contrairement à son fils, fut enterré selon des rites païens, avec son cheval. Le trésor entra dans les collections royales françaises. En 1831, la quasi-totalité fut volée à la Bibliothèque royale de Paris et fondue ; il n'en subsiste que quelques pièces et des dessins gravés au XVIIe siècle, ce qui rend les relevés anciens irremplaçables.
De Childéric à Clovis : la bascule
À la mort de Childéric, vers 481, son fils Clovis hérite d'un royaume franc encore modeste, centré sur Tournai et le Tournaisis. C'est lui qui transforme cet héritage : victoire sur Syagrius à Soissons en 486, élimination des autres roitelets francs, puis baptême à Reims — daté traditionnellement de 496, que des historiens placent plutôt vers 498-508. Tournai reste le berceau de la dynastie, mais le centre du pouvoir glisse vers Soissons puis Paris, que Clovis fait sa résidence.
Mérovée, l'ancêtre à demi légendaire
La dynastie tire son nom de Mérovée, censé être le grand-père de Childéric. Or l'existence historique de Mérovée est incertaine : il n'apparaît que dans des sources tardives. La légende rapportée plus tard veut qu'il soit né d'une reine et d'un monstre marin, le Quinotaure, surgi de la mer — récit qui sert à donner aux rois francs une origine surnaturelle. L'historien doit distinguer ce mythe fondateur de ce qu'établissent les faits : seuls Childéric et Clovis sont solidement attestés par les textes et, pour le premier, par sa tombe.
Le saviez-vous ? Les abeilles d'or de la tombe de Childéric ont connu une seconde vie politique. En 1804, pour son sacre, Napoléon les choisit comme emblème impérial afin de rattacher sa dynastie nouvelle à la plus ancienne royauté française : les abeilles brodées sur le manteau de l'empereur descendent directement du trésor de Tournai.
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