Ve s. · Île de la Cité

Geneviève ravitaille Paris assiégée par les Francs

Geneviève ravitaille Paris assiégée par les Francs

Vers 465, des barques chargées de grain remontent la Seine vers une ville affamée. À leur tête, une femme d'une cinquantaine d'années née à Nanterre vers 423 : Geneviève. Paris, alors resserrée sur l'île de la Cité, est tenue à distance par les Francs de Childéric. C'est l'épisode le plus tangible d'une vie devenue, après coup, matière à légende.

Une ville réduite à son île

Au Ve siècle, Paris n'a plus grand-chose de la cité gallo-romaine étalée sur la rive gauche. Face à l'insécurité, la population s'est repliée sur l'île de la Cité, ceinte d'une muraille. C'est là que bat le cœur de la ville, près de l'actuelle Notre-Dame, sur ce qui fut le castrum. Le pouvoir romain s'effondre : l'empereur d'Occident disparaît en 476, et la Gaule du nord est disputée entre Francs, Wisigoths et le dernier réduit romain de Syagrius.

451 : Geneviève face à la panique d'Attila

La première intervention prêtée à Geneviève est antérieure au blocus franc. En 451, Attila et ses Huns ravagent la Gaule. À Paris, les habitants veulent fuir. Selon sa Vie, rédigée peu après sa mort, Geneviève les exhorte à rester et à prier, leur assurant que la ville sera épargnée. De fait, Attila contourne Paris et marche sur Orléans, avant d'être arrêté aux champs Catalauniques. L'épisode a forgé l'image d'une protectrice de la ville, mais l'historien distingue le fait — Paris fut épargnée — du discours providentiel que lui prête son hagiographe.

Le ravitaillement, geste le mieux attesté

Le blocus de Paris par les Francs s'inscrit dans la lente prise de contrôle de la région par Childéric, père de Clovis, durant les années 460-480. La Vie de sainte Geneviève raconte qu'elle organise un convoi par voie d'eau pour nourrir les assiégés. Elle aurait remonté la Seine jusqu'à Arcis-sur-Aube et Troyes pour y charger du blé, puis redescendu le fleuve jusqu'à Paris. Ce détail logistique — la Seine comme seule artère restée ouverte — donne à l'épisode une vraisemblance que n'ont pas les récits de miracles. Geneviève entretient par ailleurs des rapports avec les rois francs eux-mêmes : la tradition lui prête de l'ascendant sur Childéric, puis sur Clovis, qu'elle aurait poussé à construire une basilique sur la rive gauche.

De la tombe à la patronne de Paris

Geneviève meurt vers 502 et est inhumée auprès de Clovis et de la reine Clotilde dans la basilique des Saints-Apôtres, sur la montagne qui porte aujourd'hui son nom. Ce sanctuaire devient l'abbaye Sainte-Geneviève. Ses reliques sont portées en procession lors des crises — pestes, crues, disettes — jusqu'à la Révolution, qui les fait brûler en place de Grève en 1793. L'emplacement de son tombeau est marqué dans l'église Saint-Étienne-du-Mont, voisine du Panthéon, où l'on conserve une châsse moderne et la pierre de l'ancien sépulcre.

Le saviez-vous ? L'unique source ancienne sur Geneviève est sa Vita, rédigée selon la tradition vers 520, soit une vingtaine d'années après sa mort. Aucun chroniqueur contemporain extérieur ne la mentionne : tout ce que l'on sait d'elle remonte à ce seul texte, ce qui explique la part difficile à démêler entre l'histoire et la dévotion.

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Lutèce assiégée
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