XXe s. · Palais de l'Élysée

L'Élysée et les lieux du pouvoir républicain

L'Élysée et les lieux du pouvoir républicain

Le 16 décembre 1848, Louis-Napoléon Bonaparte, tout juste élu président de la République, s'installe dans un hôtel particulier du faubourg Saint-Honoré bâti en 1722 pour le comte d'Évry. Quatre ans plus tard, devenu Napoléon III, il quitte les lieux pour les Tuileries. Mais le pli est pris : sous la IIIe République, l'Élysée devient pour de bon la maison du chef de l'État, statut qu'aucun régime ne lui retirera plus.

1873 : une fonction fixée par la loi

Rien n'obligeait la République à loger ses présidents rue du Faubourg-Saint-Honoré. La résidence est confirmée par la loi du 22 novembre 1873, qui prolonge de sept ans les pouvoirs du maréchal de Mac-Mahon. C'est là que se joue, en mai 1877, la crise du 16-Mai : Mac-Mahon, en conflit avec une Chambre républicaine, dissout l'Assemblée. L'échec de ce coup de force parlementaire ancre durablement l'idée d'un président qui s'efface devant le suffrage. Jules Grévy, élu en 1879, en tirera la leçon en se cantonnant à un rôle protocolaire.

Le palais où l'on meurt et où l'on démissionne

L'Élysée a vu sa part de drames. Le 16 février 1899, le président Félix Faure y meurt brutalement, en pleine affaire Dreyfus, dans des circonstances que la rumeur s'empressa de rendre scabreuses. Sadi Carnot, lui, avait été assassiné à Lyon en 1894 par l'anarchiste Caserio, mais c'est de l'Élysée que partit le deuil national. Le palais est aussi le théâtre de ruptures politiques : en janvier 1953, Vincent Auriol y reçoit la démission de gouvernements à répétition, illustration de l'instabilité de la IVe République.

De Gaulle et la naissance d'un pouvoir présidentiel

Charles de Gaulle s'installe à l'Élysée le 8 janvier 1959 comme premier président de la Ve République. Le bâtiment change alors de nature : d'un siège protocolaire, il devient le centre réel de décision. C'est dans le salon doré, ancien bureau redécoré sous le Second Empire, que de Gaulle travaille et prononce certaines de ses allocutions. Le référendum de 1962 instaurant l'élection du président au suffrage universel direct fait du locataire de l'Élysée l'homme le plus puissant de l'État. Ses successeurs y installeront un cabinet et un secrétariat général de plus en plus étoffés.

Ce qui se visite encore

Le palais compte aujourd'hui environ 365 pièces. Lors des Journées du patrimoine, on parcourt le salon Murat, où se tient le Conseil des ministres chaque mercredi, et la salle des fêtes, édifiée pour l'Exposition universelle de 1889 sous la présidence de Sadi Carnot. Le jardin de l'Élysée, de près de deux hectares en plein Paris, abrite encore le pavillon où Madame de Pompadour, propriétaire des lieux de 1753 à 1764, faisait dresser ses volières.

Le saviez-vous ? Le perron de l'Élysée, d'où les présidents accueillent leurs hôtes, comporte volontairement peu de marches : un détail d'étiquette qui permet de recevoir de plain-pied les chefs d'État étrangers sans qu'aucun ne paraisse dominer l'autre.

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