XVIe s. · Jardin des Tuileries
Catherine de Médicis et le palais des Tuileries

En 1564, sur un terrain occupé par des fabriques de tuiles à l'ouest du Louvre, une reine veuve fait poser la première pierre d'un palais qu'elle n'habitera jamais vraiment. Le quartier s'appelle alors les Tuileries, et il donnera son nom au château comme au jardin qui s'étend encore aujourd'hui entre le Louvre et la place de la Concorde.
Une commande de reine après la mort d'Henri II
Catherine de Médicis, née à Florence en 1519, devient reine de France en 1547 par son mariage avec Henri II. Veuve en juillet 1559 — le roi meurt d'une blessure reçue lors d'un tournoi rue Saint-Antoine —, elle exerce le pouvoir au nom de ses fils, François II puis Charles IX. C'est dans ces années qu'elle conçoit le projet d'une résidence à elle. En 1564, elle achète les parcelles situées hors de l'enceinte de Charles V et confie les plans à l'architecte Philibert de l'Orme, qui dirige le chantier jusqu'à sa mort en 1570. Jean Bullant lui succède. Le palais des Tuileries était né.
Un palais inachevé et une galerie pour rejoindre le Louvre
De l'Orme dessine un long corps de bâtiment ponctué de pavillons, dans un style mêlant ordres antiques et inventions personnelles. Mais Catherine interrompt les travaux. La tradition rapporte qu'un astrologue lui aurait prédit de se méfier de Saint-Germain : or les Tuileries dépendaient alors de la paroisse Saint-Germain-l'Auxerrois. L'anecdote est invérifiable et relève sans doute de la légende noire qui colle à la reine. Plus sûrement, le coût et l'instabilité politique des guerres de Religion expliquent l'abandon. Le palais resta longtemps inachevé. C'est sous Henri IV que sera lancée la Grande Galerie longeant la Seine pour relier le Louvre aux Tuileries.
Le jardin « à l'italienne » de 1564
Le véritable héritage de Catherine, c'est le jardin. Dès 1564, elle fait aménager à l'ouest du palais un grand jardin d'agrément inspiré des modèles italiens de son enfance florentine : allées rectilignes, parterres, fontaines, une grotte ornée de céramiques par le potier Bernard Palissy. On y trouve des plantations d'arbres fruitiers, un labyrinthe et même un élevage de vers à soie. Ce dessin sera entièrement repris un siècle plus tard, en 1664, par André Le Nôtre, le jardinier de Louis XIV, qui lui donne la grande perspective que l'on parcourt aujourd'hui, prolongée plus tard jusqu'aux Champs-Élysées.
Ce qu'il reste, et ce qui a disparu
Le palais des Tuileries, lui, a disparu. Devenu résidence royale puis impériale — Louis XVI y est ramené de force en 1789, Napoléon Ier puis Napoléon III y résident —, il est incendié pendant la Commune, en mai 1871, et ses ruines sont rasées en 1883. Il ne subsiste donc plus rien du château de Catherine. Mais le jardin, lui, demeure. En s'y promenant côté Louvre, on marche sur l'emplacement exact du palais détruit ; le tracé général du parc, malgré les remaniements, garde la mémoire de la commande passée en 1564 par une reine florentine.
Le saviez-vous ? Le nom des Tuileries n'a rien d'aristocratique : il vient des tuileries, ces ateliers où l'on cuisait des tuiles dans l'argile du quartier. Catherine de Médicis a bâti son palais sur une ancienne zone artisanale, et c'est ce passé industriel qui a légué son nom à l'un des jardins les plus célèbres de Paris.
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