1853–1870 · Paris
Les grands travaux d'Haussmann

Le 22 juin 1853, Napoléon III nomme Georges Eugène Haussmann préfet de la Seine. Devant lui, l'empereur a déroulé un plan de Paris colorié de sa main : en rouge, jaune, vert et bleu, les percées qu'il rêve d'ouvrir dans une ville encore médiévale, étouffante, sans égouts dignes de ce nom. En dix-sept ans, ce fonctionnaire alsacien va transformer la capitale plus radicalement qu'aucun siège ou révolution.
Éventrer la ville pour la traverser
Le Paris de 1853 reste un labyrinthe de ruelles héritées du Moyen Âge. On ne traverse pas la ville d'est en ouest sans se perdre. Haussmann impose la percée : démolir des quartiers entiers pour ouvrir de larges voies rectilignes. Le boulevard de Sébastopol, la rue de Rivoli prolongée, le boulevard Saint-Michel, l'avenue de l'Opéra naissent ainsi. Pour exproprier vite, l'administration s'appuie sur le décret-loi du 26 mars 1852, qui permet de racheter les immeubles riverains des nouvelles voies. Le résultat est une « grande croisée » nord-sud et est-ouest, articulée autour de carrefours comme la place du Château-d'Eau, devenue place de la République.
Un immeuble type, une façade réglée
Haussmann ne dessine pas seulement des rues : il normalise les immeubles qui les bordent. Hauteur limitée selon la largeur de la voie, façades en pierre de taille calcaire, balcons filants alignés au deuxième et au cinquième étage, toits à 45 degrés. Cette grammaire produit l'« immeuble haussmannien » qu'on reconnaît encore aujourd'hui dans les 8e, 9e ou 17e arrondissements. L'architecte Charles Garnier obtient en 1861 le chantier de l'Opéra, achevé en 1875, qui couronne la nouvelle avenue. Sous terre, l'ingénieur Eugène Belgrand bâtit un réseau d'égouts neuf et amène à Paris les eaux de la Dhuis et de la Vanne.
Des parcs aux portes de la ville
Sur le modèle des parcs londoniens admirés par Napoléon III, Haussmann confie à l'ingénieur Jean-Charles Alphand l'aménagement d'espaces verts. Le bois de Boulogne et le bois de Vincennes sont redessinés en jardins paysagers ; les parcs Monceau, Montsouris et surtout les Buttes-Chaumont, inaugurées en 1867 sur d'anciennes carrières de gypse, offrent aux Parisiens des promenades inédites. La ville s'agrandit aussi : en 1860, l'annexion des communes limitrophes fait passer Paris de douze à vingt arrondissements et de quatre cent mille à près de deux millions d'habitants.
La chute du préfet
Les chantiers coûtent une fortune. Pour les financer sans alourdir l'impôt, Haussmann recourt aux « bons de délégation », des emprunts déguisés que dénonce le député Jules Ferry dans un pamphlet de 1868 au titre moqueur, Les Comptes fantastiques d'Haussmann. Critiqué pour ces montages et pour l'ampleur des démolitions, le préfet est renvoyé par Napoléon III le 5 janvier 1870, quelques mois avant la chute de l'Empire. Son œuvre, elle, reste : la trame des grands boulevards, le tracé que des millions de personnes empruntent chaque jour.
Le saviez-vous ? Le tracé rectiligne des nouveaux boulevards a longtemps nourri une légende : Haussmann les aurait conçus pour empêcher les insurrections, des voies trop larges pour qu'on y dresse des barricades. L'argument stratégique a bien existé dans certains cas, mais les historiens soulignent que la priorité affichée était la circulation, l'hygiène et l'assainissement d'une ville frappée par le choléra en 1832 et 1849.
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