1594 · Rive droite, Paris
L'entrée d'Henri IV dans Paris

Le 22 mars 1594, peu avant l'aube, le roi de France entre dans sa capitale par la porte Neuve, près du Louvre. Paris lui résiste depuis cinq ans. Henri de Bourbon, devenu Henri IV à la mort d'Henri III en 1589, n'a encore jamais régné sur la ville qui se dit le cœur du royaume. Ce matin-là, presque sans combat, il en franchit enfin les murs.
Une ville tenue par la Ligue depuis 1588
Paris n'avait pas attendu 1594 pour rejeter les Bourbons. Dès la journée des Barricades, le 12 mai 1588, la population ligueuse avait chassé Henri III. Après l'assassinat du roi en 1589, la capitale refuse de reconnaître Henri IV, protestant et excommunié. La Ligue, mouvement catholique radical dirigé à Paris par le Conseil des Seize, contrôle la ville avec l'appui de l'Espagne de Philippe II. Le duc de Mayenne, frère du duc de Guise tué à Blois, en est le chef militaire. Le siège de 1590 a affamé Paris : on parle alors de dizaines de milliers de morts, et de pain fait d'ossements broyés.
L'abjuration de Saint-Denis, juillet 1593
Henri IV comprend qu'il ne réduira pas la capitale par les armes. Le 25 juillet 1593, dans la basilique de Saint-Denis, il abjure le protestantisme et se convertit au catholicisme. La phrase « Paris vaut bien une messe » lui est attribuée, mais aucune source contemporaine ne la rapporte : elle apparaît bien plus tard et relève de la légende. Le geste est politique autant que religieux. Sacré à Chartres le 27 février 1594 — et non à Reims, alors aux mains de la Ligue —, le roi prive ses adversaires de leur principal argument : on ne peut plus le combattre au nom de la foi.
Brissac ouvre les portes au petit matin
L'entrée du 22 mars est négociée, pas conquise. Le gouverneur de Paris pour la Ligue, Charles de Cossé, comte de Brissac, s'est rallié au roi contre la promesse d'un bâton de maréchal. Avant le jour, il fait ouvrir la porte Neuve et la porte Saint-Denis. Les troupes royales pénètrent dans la ville pendant que la garnison espagnole, surprise, n'oppose qu'une résistance limitée. Henri IV assiste à une messe d'action de grâce à Notre-Dame. Dans la journée, il laisse les soldats espagnols quitter Paris sans représailles : il les regarde partir, dit-on, depuis une fenêtre, leur lançant un salut. Cette clémence calculée scelle la réconciliation avec une ville qui l'avait haï.
Ce qui s'est joué rive droite
Les lieux de cette journée sont toujours là. La porte Neuve s'ouvrait près de l'actuel quai du Louvre ; la basilique de Saint-Denis, où Henri IV abjura, conserve les tombeaux des rois. Quelques années plus tard, le souverain transforme la rive droite : il achève le Pont-Neuf, ouvert à la circulation en 1607, et fait aménager la place Royale, l'actuelle place des Vosges, inaugurée en 1612, deux ans après son assassinat par Ravaillac rue de la Ferronnerie.
Le saviez-vous ? Le célèbre « Paris vaut bien une messe » n'a jamais été prononcé par Henri IV selon les sources de son temps. La formule est forgée après coup et popularisée bien plus tard ; elle résume une stratégie réelle, mais reste une reconstruction.
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