14 juillet 1789 · Place de la Bastille, Paris
La prise de la Bastille

Le matin du 14 juillet 1789, la forteresse qui domine le faubourg Saint-Antoine ne garde plus que sept prisonniers : quatre faussaires, deux fous et un noble enfermé à la demande de sa famille. Pourtant, ce jour-là, une foule de plusieurs centaines de Parisiens vient l'assiéger. Ce n'est pas pour libérer des captifs qu'elle se presse, mais pour s'emparer de la poudre.
Une chasse aux armes plus qu'une libération
Depuis le renvoi de Necker, ministre des Finances populaire, le 11 juillet, Paris est en ébullition. Le 13, la foule pille l'hôtel des Invalides et y saisit près de 30 000 fusils, mais sans poudre ni cartouches. Or chacun sait que les réserves de poudre du roi viennent d'être transférées à la Bastille. C'est cette poudre, environ 250 barils, que les insurgés réclament au gouverneur. La prison-symbole de l'arbitraire royal devient, ce matin-là, un dépôt de munitions à conquérir.
Bernard-René de Launay, un gouverneur dépassé
La forteresse est défendue par 82 invalides et 32 gardes suisses commandés par le marquis Bernard-René Jordan de Launay. Toute la matinée, des délégations négocient l'accès aux réserves. Vers 13 heures, des assaillants pénètrent dans la cour de l'avancée et abaissent les ponts-levis. La garnison ouvre alors le feu. Le combat fait près d'une centaine de morts parmi les assiégeants, contre un seul du côté de la défense. L'arrivée de gardes-françaises ralliés à l'émeute, avec quelques canons pris aux Invalides, change le rapport de force. Vers 17 heures, Launay capitule.
Une reddition qui finit en tête au bout d'une pique
La capitulation ne sauve pas le gouverneur. Conduit vers l'Hôtel de Ville, Launay est massacré par la foule rue Saint-Antoine ; sa tête est tranchée et promenée au bout d'une pique. Le prévôt des marchands Jacques de Flesselles, soupçonné de trahison, connaît le même sort sur le parvis de l'Hôtel de Ville. Le lendemain, le roi Louis XVI, qui avait noté « rien » dans son journal de chasse le 14 juillet, comprend la portée de l'événement quand le duc de La Rochefoucauld-Liancourt lui lance, selon la formule restée célèbre : « Non, Sire, c'est une révolution. »
Ce qu'il reste sur la place aujourd'hui
La Bastille elle-même a disparu. Dès le 16 juillet 1789, l'entrepreneur Pierre-François Palloy organise sa démolition ; il fera tailler dans ses pierres des maquettes vendues comme reliques aux nouvelles administrations. Sur la place actuelle s'élève depuis 1840 la colonne de Juillet, qui ne commémore pas 1789 mais les morts des Trois Glorieuses de juillet 1830. Au sol, un tracé de pavés clairs dessine l'emplacement d'une des tours, et l'ancien contour de la forteresse reste visible en partie sur le quai de la ligne 5 du métro, station Bastille.
Le saviez-vous ? Le 14 juillet fut institué fête nationale par la loi du 6 juillet 1880. Mais les députés pensaient autant à la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790, célébration pacifique de l'unité nationale, qu'à la prise de la forteresse de l'année précédente. L'ambiguïté était volontaire : elle permettait de fêter la Révolution sans glorifier ouvertement la violence de l'émeute.
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