5 janvier 1875 · Opéra (9e), Paris

L'inauguration de l'Opéra Garnier

L'inauguration de l'Opéra Garnier

Le 5 janvier 1875, un fleuve de calèches se presse devant la façade du nouvel Opéra de Paris. À l'intérieur, sous le grand lustre de bronze et de cristal, deux mille spectateurs découvrent un monument commencé quatorze ans plus tôt. Le maître d'œuvre, Charles Garnier, doit acheter sa place : aucune invitation officielle ne lui parvient.

Un chantier de quatorze ans né d'un attentat

Le projet de salle nouvelle naît dans le sang. Le 14 janvier 1858, l'Italien Felice Orsini lance trois bombes contre le carrosse de Napoléon III, rue Le Peletier, devant l'ancienne salle de l'Opéra. L'empereur survit, mais l'attentat fait huit morts. Pour offrir au souverain un accès sécurisé, on décide d'élever un théâtre neuf. Un concours est lancé en 1860 ; sur 171 projets, c'est celui de Charles Garnier, architecte alors inconnu de 35 ans, qui l'emporte en 1861. Les travaux commencent la même année et s'étirent jusqu'en 1875, ralentis par la nappe d'eau souterraine, la guerre de 1870, la chute de l'Empire et la Commune.

La République inaugure le palais d'un empereur déchu

Le bâtiment fut conçu pour Napoléon III, mais c'est la Troisième République qui l'inaugure. Le soir du 5 janvier 1875, le maréchal Patrice de Mac-Mahon, président de la République, préside la cérémonie aux côtés du lord-maire de Londres et du bourgmestre d'Amsterdam. Le programme mêle des extraits : le premier et le deuxième actes de La Juive de Fromental Halévy, le quatrième acte des Huguenots de Giacomo Meyerbeer, ainsi qu'un ballet. La salle, peinte par Jules-Eugène Lenepveu, compte 1 979 places dans un décor de rouge et d'or. Garnier, lui, assiste au spectacle depuis une place qu'il a dû régler de sa poche ; la foule l'acclame dans l'escalier, et Mac-Mahon le félicite.

Treize mille mètres carrés et un pavillon impérial inachevé

Le palais Garnier couvre près de 11 000 mètres carrés au sol et s'inscrit dans un style éclectique que l'architecte revendique sans nom précis. La légende veut que l'impératrice Eugénie, troublée, ait demandé : « Quel est donc ce style ? Ce n'est pas un style ! » À quoi Garnier aurait répondu : « C'est du Napoléon III, Madame. » L'anecdote est invérifiable, mais elle dit bien le caractère composite de l'édifice. À l'ouest, le pavillon de l'Empereur, prévu pour l'entrée à couvert du souverain, ne servit jamais : Napoléon III tomba en 1870, avant l'achèvement. Il abrite aujourd'hui la bibliothèque-musée de l'Opéra.

Ce qui se voit encore aujourd'hui, place de l'Opéra

Au 9e arrondissement, le monument reste presque intact. Le grand escalier de marbre blanc, le foyer aux dorures et aux miroirs, la rotonde du Glacier subsistent. Le plafond peint par Marc Chagall en 1964, commandé par André Malraux, recouvre l'œuvre originale de Lenepveu sans la détruire. Sous la scène existe bien une nappe d'eau, citerne maçonnée que Gaston Leroux transforma en lac souterrain dans Le Fantôme de l'Opéra (1910).

Le saviez-vous ? Le lustre central pèse environ sept tonnes. Le 20 mai 1896, un de ses contrepoids se détacha et tomba sur le public pendant une représentation, tuant une spectatrice — l'incident inspira en partie Gaston Leroux.

En images

Préparatifs
Préparatifs
Arrivée des invités
Arrivée des invités
L'intérieur
L'intérieur
Le spectacle
Le spectacle
Applaudissements
Applaudissements
Fête
Fête
Un nouvel ère
Un nouvel ère