1900-2000 · Place Colette / Palais-Royal
Le métro et les édicules Guimard

Devant la Comédie-Française, à la sortie du métro Palais-Royal, se dresse une structure de perles d'aluminium rouges et bleues qui ne ressemble à rien d'autre dans Paris. Le Kiosque des noctambules n'a rien d'ancien : Jean-Michel Othoniel l'a installé là en 2000, pour le centenaire du métropolitain. Il occupe pourtant la place d'un édicule disparu, à l'endroit même où Hector Guimard avait dessiné, un siècle plus tôt, le vocabulaire visuel du métro parisien.
1900 : Guimard impose la ligne courbe sous terre
La première ligne du métro, entre Porte Maillot et Porte de Vincennes, est inaugurée le 19 juillet 1900, pendant l'Exposition universelle. Pour habiller les accès, la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris (CMP) écarte un projet académique et confie les entrées à Hector Guimard, architecte déjà connu pour le Castel Béranger. Guimard conçoit un système modulaire en fonte verte : balustrades aux tiges végétales, panneaux émaillés, et ces fameux mâts en forme de tiges surmontés de globes lumineux orangés, que les Parisiens surnommeront « brins de muguet ». L'enseigne « MÉTROPOLITAIN » y est tracée dans une typographie dessinée par lui, irrégulière et organique.
Les édicules couverts : Bastille, Étoile et leurs « libellules »
Guimard distingue deux types d'accès. Les simples entourages, à ciel ouvert, encadrent l'escalier d'une balustrade. Mais pour les stations les plus fréquentées, il dessine des édicules couverts, abris de fonte et de verre dont la marquise évoque des ailes d'insecte ou une carapace. Deux modèles de grands pavillons, plus monumentaux, sont élevés à la Bastille et à l'Étoile ; ils seront démolis, celui de la Bastille en 1962. Au total, Guimard livre ses modèles entre 1900 et 1913, date à laquelle la CMP cesse de faire appel à lui, son style étant jugé démodé. Beaucoup d'entourages disparaissent ensuite, fondus ou remplacés par des accès en béton.
Palais-Royal : un édicule perdu, une réplique retrouvée
La station Palais-Royal ouvre en 1900 sur la ligne 1. Place Colette, devant la Comédie-Française, se trouvait l'un des édicules Guimard, détruit au fil des réaménagements. Quand la RATP commande à Othoniel une œuvre pour le centenaire, l'artiste ne restitue pas l'original : il invente deux coupoles de verre soufflé de Murano enfilé sur une armature d'aluminium, l'une chaude, l'autre froide, en hommage libre à l'esprit de Guimard. L'édicule voisin de la même place, lui, est authentique : c'est l'un des rares accès Guimard subsistant à Paris. Sur les centaines réalisées à l'origine, environ 86 entrées Guimard existent encore dans la capitale. Le modèle a même voyagé : une réplique d'entourage orne une station du métro de Mexico, et une entrée authentique, offerte par la RATP, accueille les voyageurs du métro de Montréal.
Un patrimoine longtemps méprisé, puis classé
Dans les années 1960 et 1970, les édicules passent pour de la ferraille encombrante. La marquise de Guimard frôle l'extinction. C'est un revirement du regard sur l'Art nouveau, porté notamment par le musée d'Orsay et des collectionneurs américains, qui sauve les survivants. Plusieurs entourages sont aujourd'hui inscrits ou classés au titre des monuments historiques. À Palais-Royal–Musée du Louvre, le promeneur peut donc comparer, à quelques mètres, l'original de 1900 et la relecture de 2000.
Le saviez-vous ? La fonte verte des entrées Guimard n'a pas toujours été verte. À l'origine, certains éléments étaient peints dans des tons plus variés ; le vert sombre uniforme, devenu emblématique, s'est imposé comme couleur de référence du mobilier parisien.
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