1248 · Île de la Cité, Paris
La consécration de la Sainte-Chapelle

Le 26 avril 1248, dans la cour du Palais de la Cité, une foule se presse autour d'un édifice neuf dont les murs semblent faits de verre. Louis IX y consacre une chapelle bâtie en moins de sept ans pour un seul objet : une couronne d'épines qu'on disait posée sur la tête du Christ. L'écrin a coûté plus cher à construire que les reliques n'avaient coûté à acheter — et c'était déjà une fortune.
135 000 livres pour une couronne
Tout commence loin de Paris. En 1238, Baudouin II de Courtenay, empereur latin de Constantinople, est ruiné et endetté. Pour trouver de l'argent, il propose à son cousin le roi de France une relique exceptionnelle : la couronne d'épines de la Passion, alors mise en gage auprès de marchands vénitiens. Louis IX paie 135 000 livres tournois pour la dégager, somme colossale qui dépasse de loin le coût futur de la Sainte-Chapelle, estimé autour de 40 000 livres.
Le roi acquiert ensuite d'autres reliques de la Passion, dont un fragment de la Vraie Croix. En août 1239, il accueille la couronne à Villeneuve-l'Archevêque, près de Sens, puis l'escorte jusqu'à Paris pieds nus et en simple tunique, portant la châsse sur ses épaules. La mise en scène est politique autant que dévote : posséder ces objets fait du royaume de France le gardien de la Passion.
Une châsse de verre bâtie en six ans
Le chantier s'ouvre vers 1241 dans l'enceinte du palais royal, sur l'île de la Cité. Les travaux avancent vite : l'édifice est en grande partie achevé en 1246, consacré le 26 avril 1248, quelques semaines avant que le roi ne parte pour la septième croisade.
La chapelle superpose deux niveaux. En bas, l'église basse, dédiée à la Vierge, sert au personnel du palais. En haut, la chapelle haute, dédiée à la Sainte-Croix, est réservée au roi et à sa cour ; elle communique directement avec ses appartements. Là, les murs disparaissent derrière quinze verrières d'environ quinze mètres de hauteur, déployant plus de mille scènes bibliques. Les reliques étaient présentées dans une grande châsse d'orfèvrerie surélevée, fondue pendant la Révolution.
Le maître d'œuvre que l'on ne connaît pas
Une idée reçue tenace attribue la Sainte-Chapelle à l'architecte Pierre de Montreuil. C'est une hypothèse forgée au XIXe siècle, sans preuve : aucun document médiéval ne nomme le maître d'œuvre du bâtiment. Les historiens d'aujourd'hui écartent cette attribution et avancent d'autres noms, comme Thomas de Cormont ou Jean de Chelles, sans certitude. La signature de l'édifice reste anonyme.
Les reliques, elles, ont survécu à l'édifice qui les abritait. Confisquée à la Révolution puis déposée à la Bibliothèque nationale, la couronne d'épines est remise en 1806 au trésor de Notre-Dame de Paris. Elle s'y trouvait encore lors de l'incendie du 15 avril 2019, dont elle fut sauvée. La Sainte-Chapelle, restaurée au XIXe siècle, se visite toujours dans la cour du Palais de Justice.
Le saviez-vous ? Les reliques ont quitté la Sainte-Chapelle, mais la chapelle a gardé son verre : environ deux tiers des vitraux de la chapelle haute sont d'origine, c'est-à-dire du XIIIe siècle — un taux de conservation rare pour un ensemble aussi ancien.
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