1648–1653 · Paris
La Fronde : le soulèvement des nobles

Dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649, le jeune Louis XIV, âgé de dix ans, est tiré du lit et emmené hors de Paris en secret. La cour fuit vers Saint-Germain-en-Laye, abandonnant un Louvre devenu hostile. Pendant cinq ans, la monarchie va vaciller sous l'assaut conjugué d'un Parlement rebelle et de princes en armes.
Août 1648 : les barricades du « jour des dupes » parisien
Tout commence par une affaire d'argent. Pour financer la guerre contre l'Espagne, le cardinal Mazarin et la régente Anne d'Autriche multiplient les taxes et touchent aux gages des officiers du Parlement de Paris. Le 26 août 1648, le pouvoir fait arrêter le conseiller Pierre Broussel, figure populaire de la contestation. Paris se soulève aussitôt : en quelques heures, plus de mille barricades se dressent dans les rues. C'est la Fronde parlementaire, ainsi nommée d'après la fronde, l'arme des gamins qui lançaient des pierres. Le pouvoir recule et libère Broussel.
La Fronde des princes : Condé contre Mazarin
La révolte des magistrats s'éteint en 1649, mais une seconde, plus dangereuse, lui succède. Louis II de Bourbon, prince de Condé, vainqueur de Rocroi en 1643, se croit indispensable et défie Mazarin. Le 18 janvier 1650, le cardinal fait arrêter Condé, son frère Conti et leur beau-frère Longueville. L'emprisonnement déclenche une guerre civile. Libérés en février 1651 après la chute provisoire de Mazarin, les princes reprennent les armes. Condé finit par s'allier à l'Espagne, l'ennemi du royaume — un retournement qui ruine sa cause aux yeux de beaucoup.
Juillet 1652 : le canon de la Bastille et l'incendie de l'Hôtel de Ville
Le combat décisif se livre dans Paris même. Le 2 juillet 1652, l'armée de Condé, acculée contre les murs de la capitale au faubourg Saint-Antoine, est sauvée par la duchesse de Montpensier, cousine du roi surnommée « la Grande Mademoiselle » : elle fait ouvrir la porte Saint-Antoine et ordonne aux canons de la Bastille de tirer sur les troupes royales. Deux jours plus tard, le 4 juillet, une émeute tourne au massacre à l'Hôtel de Ville, incendié par les partisans de Condé. Ces violences retournent l'opinion contre les frondeurs.
Octobre 1652 : le retour du roi et la fin de la révolte
Lassée, la ville rappelle son souverain. Le 21 octobre 1652, Louis XIV rentre dans Paris ; Condé s'est enfui aux Pays-Bas espagnols. Mazarin, parti une seconde fois, revient triomphalement en février 1653. La dernière poche de résistance, Bordeaux et son mouvement de l'Ormée, capitule en août 1653. La Fronde laisse une leçon que le roi n'oubliera jamais : trente ans plus tard, il installera la cour à Versailles, loin d'un Paris dont il avait appris à se méfier.
Le saviez-vous ? Le mot « fronde » désigne d'abord un jouet d'enfant. Le conseiller Bachaumont aurait comparé les magistrats rebelles à des écoliers qui frondent dans les rues de Paris et se dispersent dès qu'on les chasse. Le sobriquet, lancé pour les ridiculiser, est resté pour nommer toute la révolte.
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