XVe s. · Paris

La guerre de Cent Ans : Paris aux mains des Anglais

La guerre de Cent Ans : Paris aux mains des Anglais

Le 2 décembre 1420, un cortège entre dans Paris par la porte Saint-Denis. En tête chevauchent Henri V d'Angleterre et Charles VI, le roi de France. Pour les Parisiens massés sur le passage, le spectacle a quelque chose d'inouï : le souverain anglais paraît désormais le maître réel de la capitale, et l'héritier légitime, le dauphin Charles, en a été solennellement écarté.

1420 : le traité de Troyes déshérite le dauphin

Tout part d'un texte signé le 21 mai 1420 dans la cathédrale de Troyes. Affaibli par ses crises de démence, Charles VI y reconnaît Henri V comme son héritier et son régent. Le mariage d'Henri avec Catherine de Valois, fille du roi de France, scelle l'accord le 2 juin. Le dauphin Charles, accusé d'avoir trempé dans l'assassinat de Jean sans Peur à Montereau en septembre 1419, est déclaré indigne de la couronne. Le duc de Bourgogne Philippe le Bon, fils de la victime, soutient désormais le camp anglais. C'est cette alliance bourguignonne, plus que les seules armes anglaises, qui livre Paris.

Bedford gouverne depuis l'hôtel des Tournelles

Henri V et Charles VI meurent à quelques semaines d'intervalle, à l'été et à l'automne 1422. Le petit Henri VI, âgé de moins d'un an, devient théoriquement roi des deux royaumes. Le pouvoir réel passe à son oncle, Jean de Lancastre, duc de Bedford, nommé régent de France. Bedford s'installe et administre depuis Paris, notamment à l'hôtel des Tournelles, dans le quartier du Marais. Le Parlement, l'Université et le Châtelet continuent de fonctionner sous l'autorité anglaise. La ville n'est pas occupée par une garnison étrangère pesante : elle est gouvernée par une administration franco-anglaise qui s'appuie sur les élites bourguignonnes.

Une capitale affamée et désertée

Le Journal d'un bourgeois de Paris, tenu par un témoin anonyme, décrit ces années comme un long calvaire. L'hiver 1437-1438 est marqué par la famine et le froid ; des loups, écrit le chroniqueur, pénètrent jusque dans la ville. La population chute fortement : Paris, qui comptait peut-être 200 000 habitants avant la guerre et la peste, en a perdu une large part. Les campagnes voisines, ravagées par les routiers, ne ravitaillent plus la capitale. Le sacre de Charles VII à Reims en juillet 1429, après l'intervention de Jeanne d'Arc, ne change pas immédiatement le sort de Paris. L'assaut mené contre la ville le 8 septembre 1429, du côté de la porte Saint-Honoré, échoue ; Jeanne y est blessée d'un trait d'arbalète à la cuisse.

1436 : la reprise sans bataille

Le retournement vient de la diplomatie. Le 21 septembre 1435, le traité d'Arras réconcilie Charles VII et Philippe le Bon : la Bourgogne abandonne l'alliance anglaise. Bedford meurt à Rouen quelques jours avant la signature. Privée de son appui décisif, la domination anglaise sur Paris s'effondre. Le 13 avril 1436, le connétable Arthur de Richemont entre dans la ville, ouverte de l'intérieur par des bourgeois lassés. Les garnisons anglaises se replient sur la Bastille avant d'évacuer. Paris redevient capitale d'un roi de France, mais Charles VII, méfiant, n'y reviendra séjourner que prudemment.

Le saviez-vous ? Henri VI reste à ce jour le seul souverain à avoir été couronné roi de France à Notre-Dame de Paris, le 16 décembre 1431, à l'âge de dix ans. Charles VII, lui, avait été sacré à Reims selon la tradition capétienne, ce qui donnait à son couronnement une légitimité que celui de son rival anglais n'a jamais réussi à éclipser.

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