Ier s. · Île de la Cité
La Lutèce gallo-romaine s'installe sur l'île de la Cité

En 52 avant notre ère, les légions de Labienus, lieutenant de César, écrasent les Parisii près de la Seine. Le chef gaulois Camulogène y laisse la vie. Quelques décennies plus tard, là où la rivière se resserre autour d'une longue île, Rome bâtit une ville neuve. Son nom apparaît chez César lui-même : Lutetia.
L'île, un verrou sur la Seine
La Guerre des Gaules situe Lutèce sur une île de la Seine, reliée aux deux rives par des ponts. Cette position n'a rien d'anecdotique. L'île commande un passage à gué et la jonction entre la navigation fluviale et les routes terrestres. Le peuple des Parisii frappait déjà sa propre monnaie d'or avant la conquête, signe d'une communauté prospère installée là bien avant les Romains.
Sous l'Empire, la ville romaine ne se contente pourtant pas de l'île. Le cœur civique et monumental se développe sur la rive gauche, sur les pentes de l'actuelle montagne Sainte-Geneviève, mieux drainée que les berges marécageuses du nord.
Une ville quadrillée autour du cardo
Lutèce adopte le plan des cités romaines. Un grand axe nord-sud, le cardo maximus, structure l'agglomération de la rive gauche : son tracé correspond aujourd'hui aux rues Saint-Jacques et de la Cité. Le forum s'élève à l'emplacement de l'actuelle rue Soufflot, près du Panthéon.
Les équipements suivent. Trois ensembles de thermes sont attestés, dont les thermes de Cluny (ou thermes du Nord), construits à la fin du I^er ou au début du II^e siècle. Leur grand frigidarium, avec sa voûte intacte culminant à une douzaine de mètres, est toujours visible au sein du musée de Cluny — l'un des rares vestiges antiques debout à Paris. Les arènes de Lutèce, sur la rive gauche également, pouvaient accueillir plusieurs milliers de spectateurs pour des combats et des spectacles.
Le pilier des Nautes, sous Tibère
En 1711, des fouilles sous le chœur de Notre-Dame mettent au jour des blocs sculptés : le pilier des Nautes. L'inscription dédie le monument à Jupiter et précise qu'il fut élevé sous le règne de l'empereur Tibère, soit entre 14 et 37 de notre ère, par la corporation des bateliers parisiens, les nautae Parisiaci. C'est l'un des plus anciens monuments figurés de Paris. Il associe divinités romaines — Jupiter, Vulcain — et dieux gaulois comme Cernunnos et Esus, témoignant d'un panthéon mêlé. Les fragments sont conservés au musée de Cluny.
Ce monument confirme un point décisif : ce sont les marchands fluviaux qui font la richesse de la cité. Leur emblème, un navire, se retrouvera bien plus tard sur le blason de Paris, accompagné de la devise Fluctuat nec mergitur.
Quand l'île redevient le refuge
Tant que la paix romaine tient, la rive gauche prospère. Au III^e siècle, les premières incursions germaniques changent la donne. La population se replie sur l'île, plus facile à défendre, et l'entoure d'un rempart. Au passage, on récupère les pierres des monuments de la rive gauche, désormais abandonnés, pour ériger la muraille. C'est sur ce noyau insulaire fortifié que se construira, plus tard, le Paris médiéval.
Vers la fin du III^e ou au IV^e siècle, le nom de Lutetia s'efface au profit de celui du peuple : civitas Parisiorum, la cité des Parisii. Paris doit son nom à ces bateliers que célébrait déjà le pilier des Nautes.
Le saviez-vous ? Le nom « Lutèce » disparaît avant même la fin de l'Antiquité. Dès le IV^e siècle, les sources désignent la ville par le nom de ses habitants, les Parisii — c'est ce nom-là, et non Lutetia, qui a survécu jusqu'à aujourd'hui.
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