fin IVe s. · Île de la Cité

Lutèce prend le nom de Paris

Lutèce prend le nom de Paris

Sur une borne routière dressée au début du IVe siècle, un graveur abrège l'adresse de la ville en trois lettres : civitas Par(isiorum), « la cité des Parisii ». Le vieux nom romain, Lutetia, s'efface. Sans décret, sans cérémonie, l'agglomération de l'île de la Seine commence à porter le nom du peuple gaulois qui l'occupait depuis le IIIe siècle avant notre ère. Paris est en train de naître de son ancien nom.

Lutetia : un nom de boue et de marais

Quand César mentionne la ville dans la Guerre des Gaules, vers 53 avant J.-C., il l'appelle Lutetia Parisiorum, « Lutèce des Parisii ». Le toponyme désignait alors un lieu : sans doute la racine gauloise lut-, qui évoque la boue ou le marécage, en accord avec les bras de la Seine et les terrains humides des rives. Sous l'Empire, la ville gallo-romaine prospère. Elle déborde l'île de la Cité pour s'étendre sur la rive gauche, autour de l'actuelle montagne Sainte-Geneviève, avec un forum, des théâtres et des thermes. On en voit encore les vestiges aux thermes de Cluny et aux arènes de la rue Monge.

Pourquoi la cité prend le nom de son peuple

Lutèce n'est pas un cas isolé. Aux IIIe et IVe siècles, la plupart des chefs-lieux de la Gaule abandonnent leur nom propre pour adopter celui du peuple dont ils étaient la capitale. Durocortorum devient la cité des Rèmes, d'où Reims ; Avaricum, celle des Bituriges, d'où Bourges. Le phénomène est lié aux troubles du IIIe siècle : invasions germaniques, repli des villes derrière des remparts, retour en force des identités gauloises sous le vernis romain. À Lutèce, l'appellation civitas Parisiorum l'emporte au cours du IVe siècle. Par abréviation de civitas ou urbs Parisiorum, il ne reste bientôt que Parisius, Paris.

L'hiver d'un empereur sur l'île de la Cité

Le moment où la ville change de nom est aussi celui où elle entre dans la grande histoire. Le futur empereur Julien, alors César des Gaules, fait de Lutèce son quartier d'hiver à la fin des années 350. Il y séjourne durant les hivers 357, 358 et 359. C'est là, au printemps 360, que ses troupes le proclament Auguste contre la volonté de Constance II. Quelques années plus tard, dans un texte satirique écrit à Antioche, le Misopogon (« l'ennemi de la barbe »), Julien évoque avec affection « ma chère Lutèce », sa petite île ceinte par le fleuve, ses hivers froids et ses eaux qu'il trouvait bonnes à boire. C'est l'un des plus anciens portraits littéraires de la ville.

Ce que le IVe siècle a laissé dans la pierre

Le changement de nom accompagne un repli défensif bien réel. Menacée par les incursions, la population se resserre sur l'île de la Cité, plus facile à défendre que la rive gauche ouverte. Sous le parvis de Notre-Dame, la crypte archéologique conserve les traces de cette ville insulaire fortifiée : murs, quais et substructions gallo-romaines. Le mot Parisius finit, lui, par s'imposer définitivement dans les textes et les documents officiels du haut Moyen Âge.

Le saviez-vous ? Le nom « Lutèce » n'a jamais totalement disparu : les Parisiens l'ont ressuscité au fil de l'époque moderne pour baptiser des rues, des arènes restaurées et même une station de métro, Cité mise à part. Mais aucun document antique n'emploie la formule scolaire « Lutèce, ancien nom de Paris » : pour les Romains, la ville et son peuple portaient déjà, conjointement, les deux noms.

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