1163 · Île de la Cité, Paris

Le début du chantier de Notre-Dame de Paris

Le début du chantier de Notre-Dame de Paris

Au printemps 1163, sur la pointe orientale de l'île de la Cité, des terrassiers creusent des fondations entre des maisons serrées et la vieille cathédrale Saint-Étienne, en partie démolie. La tradition veut que le pape Alexandre III, alors réfugié en France, pose la première pierre. Commence un chantier qui ne s'achèvera qu'au milieu du XIVe siècle.

L'évêque Maurice de Sully, maître d'œuvre du projet

Fils d'une famille modeste de Sully-sur-Loire, Maurice de Sully devient évêque de Paris en 1160. Théologien réputé, prédicateur écouté, il dirige l'un des diocèses les plus riches du royaume. Dès son arrivée, il décide de remplacer l'ensemble cathédral existant, jugé trop petit et vétuste, par un édifice unique dans le nouveau style gothique qui vient de s'imposer à Saint-Denis sous l'abbé Suger.

Le site n'est pas vierge. Avant Notre-Dame s'élevaient au moins deux sanctuaires accolés : la cathédrale Saint-Étienne, basilique à cinq nefs remontant sans doute au IVe ou VIe siècle, et une église Sainte-Marie. Les fouilles menées sous le parvis depuis le XIXe siècle, notamment celles de Théodore Vacquer en 1847 puis de Michel Fleury entre 1965 et 1967, ont retrouvé les fondations de cet ensemble ancien.

1163-1182 : le chœur sort de terre en premier

Le chantier suit la logique habituelle des cathédrales : on bâtit d'abord le chœur, partie liturgiquement essentielle, pour que le culte reprenne au plus vite. Le chroniqueur Jean de Saint-Victor situe la pose de la première pierre entre le 24 mars et le 25 avril 1163, en présence du roi Louis VII le Jeune. Le 19 mai 1182, le maître-autel est consacré par le cardinal Henri de Château-Marçay, légat du pape, et par Maurice de Sully lui-même. En moins de vingt ans, le chœur et son double déambulatoire sont donc utilisables.

Le reste suivra lentement. La nef est élevée jusqu'à la fin du XIIe siècle ; les fondations de la façade occidentale et les premières travées datent des années 1190-1225 ; la grande galerie et les tours montent entre 1225 et 1250. Maurice de Sully meurt en 1196, bien avant de voir l'ensemble achevé. Son successeur, Eudes de Sully, évêque de 1196 à 1208 et sans lien de parenté avec lui, poursuit l'entreprise.

Une cathédrale née d'un Paris en pleine croissance

Le chantier répond à une nécessité concrète. Paris compte alors plusieurs dizaines de milliers d'habitants et s'affirme comme capitale capétienne ; l'ancienne Saint-Étienne ne suffit plus à la foule des fidèles. Pour dégager l'accès au nouveau portail, on perce une voie rectiligne, la rue Neuve-Notre-Dame, à travers le tissu dense de la Cité.

L'image d'un vaste parvis dégagé est tardive. Jusqu'aux travaux d'Haussmann, dans les années 1860-1870, des maisons, des échoppes et des ruelles enserraient la cathédrale. On peut aujourd'hui descendre dans la crypte archéologique de l'île de la Cité, ouverte en 1980 sous le parvis, pour marcher au niveau des rues gallo-romaines et médiévales que les bâtisseurs de 1163 connaissaient encore.

Le saviez-vous ? La fameuse « première pierre » posée par Alexandre III relève surtout de la tradition. Aucun document contemporain ne décrit la cérémonie en détail, et les chroniques se contentent de dater le début des travaux. Le geste pontifical, souvent présenté comme certain, reste donc probable mais non prouvé.

En images

La première pierre
La première pierre
Les artisans au travail
Les artisans au travail
L'effervescence de la ville
L'effervescence de la ville
Célébrations religieuses
Célébrations religieuses
La cathédrale prend forme
La cathédrale prend forme
Pèlerinage des fidèles
Pèlerinage des fidèles
Un chef-d'œuvre en devenir
Un chef-d'œuvre en devenir