VIe-Ve av. J.-C. · Vallée de la Seine (Rouen)

La route de l'étain de Cornouailles par les fleuves de Gaule

La route de l'étain de Cornouailles par les fleuves de Gaule

Sans étain, pas de bronze. Et sans bronze, pas d'épées, pas de chaudrons, pas de prestige. Vers 530 avant notre ère, des lingots arrachés aux mines de Cornouailles traversaient la Manche, atteignaient l'embouchure de la Seine et remontaient le fleuve vers l'intérieur des terres. Le voyage commençait à hauteur de l'actuelle Rouen et finissait, des centaines de kilomètres plus haut, dans les sépultures de princes celtes.

Pourquoi l'étain valait de l'or

Le bronze est un alliage : environ neuf parts de cuivre pour une part d'étain. Le cuivre se trouve un peu partout en Europe ; l'étain, presque nulle part. Les seuls grands gisements accessibles au monde méditerranéen se situaient aux confins de l'Occident, en Cornouailles et dans le Devon, à la pointe sud-ouest de la Grande-Bretagne. C'est cette rareté qui a tendu, dès l'âge du bronze, des fils commerciaux entre cet « extrême Occident » et les cités grecques et étrusques. L'étain britannique a été retrouvé jusqu'en Méditerranée orientale.

La Seine plutôt que le détroit

Les marchands disposaient de plusieurs itinéraires. Le plus connu, décrit au Ier siècle avant notre ère par l'historien grec Diodore de Sicile, fait débarquer l'étain sur le continent puis le conduit à pied, en une trentaine de jours, jusqu'aux bouches du Rhône. Mais une autre voie passait par le nord. Les cargaisons franchissaient la Manche — traversée risquée, vu le poids des lingots — et abordaient soit la région de Boulogne, soit l'estuaire de la Seine. De là, le métal remontait le fleuve. La basse vallée, où s'élèvera Rouen, formait le seuil de cette pénétration fluviale vers le cœur de la Gaule.

Vix : où finissait la route

Le terminus le mieux documenté se trouve à 100 mètres au-dessus de la haute Seine, sur le Mont Lassois, près de Châtillon-sur-Seine. Là vivait, à la fin du VIe siècle, une aristocratie hallstattienne qui contrôlait le passage des marchandises : étain de Grande-Bretagne, corail de Méditerranée, ambre de la Baltique, vin et céramiques d'Étrurie et de Grèce. En janvier 1953, l'archéologue René Joffroy et le vigneron Maurice Moisson y ont mis au jour la tombe d'une femme, la « Dame de Vix », inhumée vers 480. Elle contenait un cratère de bronze de 1,64 mètre et 208 kilos, fabriqué dans un atelier grec d'Italie du Sud vers 540-530. On le voit aujourd'hui au musée du Pays châtillonnais.

Ce que l'archéologie confirme, ce qu'elle ignore

Attention à ne pas tout résoudre. Aucun texte antique ne décrit nommément un comptoir de l'étain à Rouen même : la ville celte y est attestée par l'archéologie — dont une pirogue monoxyle datée des environs de 900 avant notre ère —, mais son rôle précis dans ce trafic reste indirect. De même, le récit de Diodore privilégie la route du Rhône, et son information dérive sans doute du Massaliote Pythéas, voyageur du IVe siècle dont l'ouvrage est perdu. La Seine comme axe de l'étain repose donc moins sur les Anciens que sur la carte des objets retrouvés, qui dessine bien un courant venu de la Manche vers Vix.

Le saviez-vous ? Le cratère de Vix reste le plus grand vase métallique connu de l'Antiquité grecque. Il pouvait contenir environ 1 100 litres de vin coupé d'eau — bien plus que ce qu'aucun banquet n'aurait pu boire, signe qu'il valait surtout comme objet de prestige diplomatique.

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Sous la Vallée de la Seine
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Marchands gaulois
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Navires chargés
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Rituel de la richesse
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Futur incertain
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L'héritage oublié
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