v. 500 av. J.-C. · Vix (Châtillon-sur-Seine)
Le trésor de Vix : la Dame et le cratère celte

En janvier 1953, au pied du mont Lassois, près de Vix, l'archéologue amateur Maurice Moisson et René Joffroy mettent au jour une sépulture intacte. Au centre, un vase de bronze d'une taille démesurée, posé là depuis environ vingt-cinq siècles. À côté, le squelette d'une femme parée d'un diadème en or. La découverte fait aussitôt le tour de l'Europe savante.
Un cratère d'1,64 m, le plus grand vase de bronze de l'Antiquité
L'objet qui rend Vix célèbre est un cratère, un grand vase destiné à mélanger le vin et l'eau. Celui-ci mesure 1,64 mètre de haut et pèse environ 208 kilos ; sa contenance dépasse 1 100 litres. C'est le plus grand vase métallique connu de l'Antiquité gréco-romaine. Ses anses en volute portent des gorgones, et une frise de hoplites et de chars en relief court sur le col. Le travail est grec, vraisemblablement issu d'un atelier de Grande-Grèce ou de Laconie, vers 510 av. J.-C. Trop volumineux pour avoir été transporté monté, il fut sans doute acheminé en pièces détachées, chaque élément portant des lettres grecques gravées pour guider le remontage.
La « Dame de Vix », une aristocrate celte enterrée vers 500 av. J.-C.
La tombe abritait le corps d'une femme d'une trentaine d'années, déposée sur la caisse d'un char dont les roues avaient été démontées et rangées le long de la paroi. Elle portait un torque en or de 480 grammes, des bracelets, des fibules et de l'ambre. La sépulture est datée des environs de 500 av. J.-C. Le statut exact de cette femme reste discuté : prêtresse, souveraine ou figure de premier rang d'une élite locale, les archéologues parlent prudemment d'une « princesse » sans pouvoir trancher. Sa richesse, elle, ne fait aucun doute.
Le mont Lassois, verrou sur la route de l'étain
Vix ne doit pas son trésor au hasard. Le mont Lassois, oppidum fortifié dominant la haute Seine, contrôlait un point de passage stratégique entre la Méditerranée et l'Europe du Nord. C'est par là que transitaient l'étain de Cornouailles, l'ambre de la Baltique et les vins du Sud. Les élites du premier âge du fer, celles de la civilisation dite de Hallstatt, prélevaient leur part sur ce commerce et l'échangeaient contre des produits de luxe méditerranéens — d'où la présence d'un cratère grec et de coupes attiques à figures noires au cœur de la Bourgogne. Les fouilles récentes ont révélé sur le plateau de vastes bâtiments à abside, parfois appelés « palais », attestant un véritable centre de pouvoir.
Ce que l'on peut voir à Châtillon-sur-Seine
Le cratère, le diadème et le mobilier de la tombe sont conservés au musée du Pays Châtillonnais, à Châtillon-sur-Seine, à quelques kilomètres du site. Le mont Lassois et le secteur de la sépulture font toujours l'objet de campagnes de fouilles. La statuaire mise au jour plus tard sur le plateau, dont des fragments de personnages en pierre, a nourri l'hypothèse d'un sanctuaire associé à la nécropole.
Le saviez-vous ? Les lettres grecques gravées sur les pieds et les anses du cratère sont des repères de montage, comme une notice antique. Elles ont permis de comprendre que le vase avait voyagé démonté sur plus d'un millier de kilomètres avant d'être assemblé sur place.
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