Antiquité celte · Salins-les-Bains
Les routes de l'ambre, du sel et du fer

Sur une source du fond de la vallée, à Salins, une eau remonte chargée de sel après avoir lessivé une couche de roche enfouie à 240 mètres de profondeur. Vestige d'un océan disparu il y a environ 215 millions d'années, ce hasard géologique a fait, dès la protohistoire, la fortune d'une poignée de chefs celtes. Leurs tombes ont livré de l'ambre venu de la Baltique et des objets façonnés à des centaines de kilomètres de là.
Une eau salée qui sort de terre
Le sel de Salins n'est pas extrait d'une mine au sens minier du terme : il est dissous dans une saumure, la muire, que l'on remonte par des puits avant de la faire évaporer au feu. La couche de sel gemme date de la fin du Trias, quand l'est de la France était recouvert par la mer. L'eau de pluie s'infiltre, se charge au contact du gisement, puis ressurgit dans la vallée. L'exploitation par évaporation est attestée ici sur près de 7 000 ans, ce qui en fait l'un des plus anciens sites de production de sel au feu connus. Le sel y a été fabriqué sans interruption jusqu'à la fermeture de la Grande Saline, en 1962.
Le Camp du Château, résidence de princes
Au-dessus de la ville, sur un éperon, le site fortifié du Camp du Château a été repéré en 1897 par l'érudit local Maurice Piroutet, qui y mena des fouilles entre 1906 et 1934. C'est l'un des habitats de référence pour la fin du premier âge du Fer, la période dite hallstattienne, dans l'aire nord-alpine. Les archéologues le rangent parmi la douzaine de sites « princiers » de cette époque : des places fortes dont les occupants contrôlaient une ressource et les échanges qui en découlaient. À Salins, cette ressource était le sel. De nouvelles fouilles programmées y ont repris en 2005, prolongeant les recherches anciennes.
L'ambre, le verre et la preuve d'un grand commerce
La culture de Hallstatt, qui se développe entre environ 1200 et 450 avant notre ère, est généralement considérée comme le berceau des peuples celtes. Son nom vient d'un site autrichien du Salzkammergut où les habitants exploitaient des mines de sel — le préfixe Hall- désigne d'ailleurs, dans la région, d'anciens lieux d'extraction. Près de Salins, les nécropoles de la forêt des Moidons comptent parmi les ensembles funéraires les mieux conservés de l'est de la France. Les sépultures du monde hallstattien livrent des perles d'ambre rouge de la Baltique, de la verrerie de l'Adriatique, des armes et des parures venues d'Italie du Nord et de Slovénie. Ces objets ne sont pas des curiosités isolées : ils dessinent un réseau d'échanges à longue distance, où le sel servait de monnaie d'échange autant que de produit. Les Celtes garantissaient notamment le commerce de l'ambre acheminé depuis les rivages baltes.
Le sel changeait tout. Il permettait de conserver la viande et le poisson, de saler les fourrages, d'entretenir le bétail. Celui qui contrôlait une source salée contrôlait un bien que tout le monde recherchait et que peu de territoires produisaient.
Le saviez-vous ? Le sel de Salins a continué de structurer le paysage bien après les Celtes : au XVIIIe siècle, 135 000 litres de saumure brute étaient prélevés chaque jour et conduits par une canalisation de 21 kilomètres jusqu'à la Saline royale d'Arc-et-Senans, imaginée par l'architecte Claude-Nicolas Ledoux. Les deux salines sont aujourd'hui inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO.
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