XIIe s. · Les Halles
Les Halles, le ventre de Paris

En 1137, le roi Louis VI le Gros décide de transférer le marché parisien depuis la place de Grève, au bord de la Seine, vers un terrain marécageux de la rive droite appelé les Champeaux. Ce déplacement fonde l'emplacement qui restera celui des Halles pendant plus de huit siècles. Pendant tout ce temps, c'est là que Paris vient se nourrir.
1137 : le marché des Champeaux par décision royale
Le lieu n'est pas neutre. Les Champeaux ("petits champs") se trouvent à proximité de routes commerciales et hors les murs de l'enceinte primitive. Louis VI, qui règne de 1108 à 1137, y installe le marché pour mieux contrôler les transactions et taxer les marchandises. Son petit-fils Philippe Auguste poursuit l'aménagement : autour de 1183, il fait construire deux bâtiments couverts, des halles au sens propre, pour abriter les marchands drapiers et ceux de la foire Saint-Lazare qu'il transfère là. C'est de ces premières constructions que le quartier tire son nom.
Un marché protégé par l'enceinte de Philippe Auguste
À partir de 1190, alors qu'il part pour la croisade, Philippe Auguste fait élever autour de Paris une muraille de pierre. Sur la rive droite, ce rempart englobe désormais les Halles, qui passent de marché extérieur à marché urbain protégé. Le roi encadre aussi son fonctionnement : il accorde des emplacements, fixe des règles de vente et perçoit des droits. Le commerce des grains, du poisson, du drap et de la mercerie s'y concentre. Le marché du poisson de mer, en particulier, devient un point d'approvisionnement majeur, alimenté par des convois venus des côtes normandes et picardes.
Du marché médiéval aux pavillons de Baltard
Les structures médiévales sont remaniées à plusieurs reprises, notamment sous François Ier au XVIe siècle. Mais la grande transformation est plus tardive. Entre 1854 et 1874, sous le Second Empire, l'architecte Victor Baltard édifie de vastes pavillons de fonte et de verre, voulus par Napoléon III dans le cadre des travaux du préfet Haussmann. C'est cette architecture de fer que l'écrivain Émile Zola décrit dans son roman Le Ventre de Paris, paru en 1873, et qui donne au quartier son surnom durable.
Ce qu'il reste aujourd'hui
Le marché de gros a quitté Paris en 1969 pour Rungis, au sud de la capitale. Les pavillons de Baltard sont détruits entre 1971 et 1973, épisode resté dans les mémoires comme le "trou des Halles". Un seul pavillon a été sauvé et remonté à Nogent-sur-Marne, où on peut encore le voir. Sur le site même, l'église Saint-Eustache, commencée en 1532, domine toujours le quartier ; elle a longtemps été la paroisse des marchands des Halles. Le forum souterrain inauguré en 1979, puis la Canopée achevée en 2016, occupent désormais l'emplacement du vieux ventre de Paris.
Le saviez-vous ? Le surnom "le ventre de Paris" n'est pas un dicton ancien : il vient directement du titre du roman d'Émile Zola publié en 1873, troisième volume de la série des Rougon-Macquart, dont l'action se déroule dans les pavillons de Baltard.
En images






