IVe s. · Rue Saint-Martin

Saint Martin partage son manteau

Saint Martin partage son manteau

Devant une porte d'Amiens, par un hiver glacial, un cavalier de la garde impériale coupe son manteau en deux d'un coup d'épée pour en donner la moitié à un pauvre transi de froid. La scène, racontée vers 397 par un contemporain, est devenue l'une des images les plus reproduites de l'art chrétien occidental. Derrière elle se cache un homme réel : Martin, soldat romain devenu évêque de Tours.

Un officier romain à Amiens vers 338

Martin naît vers 316 à Sabaria, en Pannonie, l'actuelle Szombathely en Hongrie. Fils d'un tribun militaire, il est enrôlé de force dans l'armée romaine et sert dans la cavalerie. C'est en garnison à Samarobriva — Amiens — qu'il aurait accompli son geste le plus célèbre, sans doute vers 338. Notre source unique est la Vita Martini, biographie rédigée du vivant du saint par Sulpice Sévère, un aristocrate gaulois qui a recueilli les récits de l'entourage de Martin.

Ce que dit le récit, ce que l'histoire retient

Le texte de Sulpice Sévère précise un détail souvent oublié : Martin ne partage que la part du manteau qui lui appartient. La chlamys du soldat était en partie fournie par l'armée ; il ne pouvait donner que sa moitié. La nuit suivante, dit la Vita, le Christ lui apparaît en songe revêtu du demi-manteau. L'historien sépare ici deux plans. L'existence de Martin, son service militaire, son baptême puis son élection comme évêque de Tours en 371 sont des faits attestés. Le songe et l'apparition relèvent du récit hagiographique, écrit pour édifier et non pour documenter.

La chape qui a donné le mot « chapelle »

Le morceau d'étoffe conservé par Martin devint une relique des rois francs mérovingiens puis carolingiens. On l'appelait la cappa, la « petite cape ». Les souverains la gardaient dans un oratoire confié à des clercs nommés cappellani — d'où vient le mot chapelain. Le lieu lui-même prit le nom de capella : c'est l'origine du mot chapelle. Saint Martin devint le saint le plus populaire de la Gaule, et des milliers de communes et de paroisses françaises portent encore son nom. La Saint-Martin, le 11 novembre, marquait jadis la fin de l'année agricole et l'échéance des fermages.

Amiens et la trace du partage

À Amiens, le souvenir du geste reste inscrit dans la ville. La cathédrale Notre-Dame d'Amiens, élevée à partir de 1220, est l'un des plus vastes édifices gothiques de France. Plusieurs rues et lieux de culte gardent le nom de Martin, et son geste y demeure le motif local par excellence. Coïncidence de calendrier : l'armistice de 1918 fut signé le 11 novembre, jour de la fête du saint.

Le saviez-vous ? L'« été de la Saint-Martin », ce redoux passager de la mi-novembre, tire son nom de la fête du saint le 11 novembre. La légende veut qu'un beau temps ait accompagné ses funérailles à Tours en 397, le froid cédant le temps de conduire son corps en barque sur la Loire.

En images

Martin le soldat
Martin le soldat
Le mendiant
Le mendiant
Le geste audacieux
Le geste audacieux
Le partage
Le partage
La réaction des habitants
La réaction des habitants
La renommée de Martin
La renommée de Martin
L'héritage de Saint Martin
L'héritage de Saint Martin