885-886 · Île de la Cité

Les invasions vikings et le grand siège de Paris (885-886)

Les invasions vikings et le grand siège de Paris (885-886)

À l'automne 885, des centaines de navires scandinaves remontent la Seine et jettent l'ancre devant Paris. La ville se réduit alors à l'île de la Cité, un noyau fortifié relié aux deux rives par deux ponts. Pour passer outre, les assaillants doivent prendre ces ponts ou la place. Ni l'un ni l'autre ne céderont vraiment, et ce siège d'un an pèsera lourd dans le déclin de la dynastie carolingienne.

Une flotte considérable face à une garnison réduite

Les chiffres donnés par les chroniques sont sans doute gonflés : Abbon de Saint-Germain-des-Prés, témoin oculaire, parle de 700 navires et de dizaines de milliers d'hommes. La réalité fut plus modeste, mais l'armée viking restait écrasante. En face, le comte Eudes, fils de Robert le Fort, et l'évêque Gozlin disposaient de quelques centaines de défenseurs. Paris valait pour sa position : ses deux ponts, le Grand Pont vers la rive droite et le Petit Pont vers la rive gauche, barraient la navigation sur la Seine et empêchaient les flottes de filer vers la Bourgogne en amont.

Novembre 885 : l'assaut sur la tour du pont

Le 25 novembre 885, les Vikings se lancent contre la tour qui protégeait le Petit Pont, sur la rive gauche. Pendant deux jours, ils l'assaillent avec des béliers, des machines et des projectiles incendiaires ; les défenseurs ripostent à coups de poix bouillante et d'huile chaude. La tour tient. Au début de l'année 886, une crue de la Seine emporte le Petit Pont : la tour isolée est prise, ses douze défenseurs massacrés après avoir refusé de se rendre. Mais la Cité, elle, ne tomba pas. L'évêque Gozlin, qui avait combattu sur les remparts, mourut en avril 886, vraisemblablement de maladie, privant les assiégés d'un de leurs chefs.

L'arrivée de Charles le Gros et la rançon de 887

Eudes parvint à franchir les lignes ennemies pour aller chercher des renforts. À l'été 886, l'empereur Charles le Gros, arrière-petit-fils de Charlemagne, arriva enfin avec une armée et campa sur les hauteurs de Montmartre. Plutôt que de livrer bataille, il négocia : il versa un tribut et, surtout, autorisa les Vikings à remonter la Seine pour aller ravager la Bourgogne, alors en rébellion. Cette reculade scandalisa les contemporains. Charles fut déposé en 887 et mourut début 888. Eudes, le défenseur de Paris, fut élu roi des Francs en février 888 — premier roi issu de la famille qui donnerait, un siècle plus tard, les Capétiens.

Ce que l'on sait, et ce que la légende a brodé

L'essentiel de notre récit vient du Bella Parisiacae urbis d'Abbon, un poème latin écrit par un moine présent durant le siège. C'est une source précieuse mais partiale : Abbon glorifie Eudes et Gozlin, noircit Charles le Gros, et ses chiffres relèvent de l'effet rhétorique autant que du décompte. Le chef viking nommé Siegfried y apparaît, mais son identité et son rôle exact restent incertains. Sur l'île de la Cité, rien de ces remparts du IXe siècle n'est visible aujourd'hui : la topographie médiévale a disparu sous les reconstructions, notamment celles du XIXe siècle autour de Notre-Dame.

Le saviez-vous ? L'homme qui sauva Paris en 885-886, le comte Eudes, devint roi en 888. Son frère Robert puis ses descendants fondèrent la dynastie des Robertiens, dont sortit Hugues Capet, élu roi en 987.

En images

Arrivée des Vikings
Arrivée des Vikings
Défense de la ville
Défense de la ville
Le siège commence
Le siège commence
Résistance farouche
Résistance farouche
Raids nocturnes
Raids nocturnes
Famine chez les Vikings
Famine chez les Vikings
Le retrait des Vikings
Le retrait des Vikings