IIIe s. · Notre-Dame-des-Champs
Les premières communautés chrétiennes de Lutèce

Sur la rive gauche de Paris, à l'angle des actuelles rues Notre-Dame-des-Champs et de l'avenue de l'Observatoire, des fouilles ont mis au jour des sépultures gallo-romaines tardives. C'est là, hors les murs de la ville antique, que la tradition place l'un des plus anciens lieux de culte chrétien de Lutèce. Le christianisme y arrive tard, par petits groupes, longtemps surveillés.
Une religion d'abord clandestine sous l'Empire
Au IIIe siècle, Lutèce n'est qu'une cité de second rang, étalée sur l'île de la Cité et le flanc de la montagne Sainte-Geneviève. Le christianisme y reste marginal et illégal : l'Empire romain ne le tolère pas, et les persécutions se succèdent, notamment sous Dèce vers 250 et sous Dioclétien à partir de 303. Les chrétiens se réunissent en petites assemblées discrètes, sans édifices reconnus. La liberté de culte ne viendra qu'avec l'édit de Milan, en 313, sous Constantin.
Denis, premier évêque, entre histoire et légende
La figure fondatrice de l'Église parisienne est Denis. Selon Grégoire de Tours, qui écrit son Histoire des Francs à la fin du VIe siècle, Denis fut l'un des sept évêques envoyés évangéliser la Gaule sous l'empereur Dèce, et il subit le martyre à Paris. L'historien rapporte une exécution, non un prodige. La légende du céphalophore — Denis décapité à Montmartre puis marchant avec sa tête jusqu'au lieu de sa sépulture, futur Saint-Denis — est beaucoup plus tardive : elle se fixe surtout à partir du IXe siècle, sous la plume de l'abbé Hilduin. Rien dans les sources du IIIe siècle ne la confirme.
Notre-Dame-des-Champs, un sanctuaire né d'une nécropole
Le site de Notre-Dame-des-Champs s'inscrit dans une longue continuité funéraire. La voie romaine du cardo, prolongée par l'actuelle rue Saint-Jacques, était bordée de tombes, comme le voulait l'usage antique d'enterrer les morts le long des routes, à l'extérieur de la cité. La tradition médiévale y voyait l'emplacement d'un oratoire primitif, parfois associé au souvenir de Denis. Une église y est attestée au Moyen Âge ; l'édifice actuel, néo-roman, date du XIXe siècle et a été consacré en 1876. Le sanctuaire ancien a disparu, mais le nom « des Champs » garde la mémoire d'un lieu jadis situé hors les murs, dans la campagne au sud de la ville.
Ce que les pierres ont vraiment livré
Les preuves matérielles d'un christianisme parisien au IIIe siècle restent ténues. Les chrétiens de cette époque ne se distinguaient guère des autres habitants par leurs sépultures ou leurs objets. Les vestiges sûrs — sarcophages, inscriptions, premiers baptistères — appartiennent surtout aux IVe et Ve siècles, une fois la religion devenue licite puis dominante. Avant cela, la communauté de Lutèce se devine plus qu'elle ne se prouve : quelques noms transmis par les chroniques, une mémoire de lieux, et le silence prudent qui convenait à un culte interdit.
Le saviez-vous ? La célèbre légende de Denis portant sa propre tête ne date pas de son époque : elle se fixe au IXe siècle, quand l'abbé Hilduin de Saint-Denis confond en un seul personnage l'évêque de Paris et Denys l'Aréopagite, le converti d'Athènes cité dans les Actes des Apôtres. Une erreur d'identité qui a forgé l'un des récits les plus durables de l'histoire parisienne.
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