Xe s. · Île-de-France

Les Robertiens, comtes de Paris devenus rois

Les Robertiens, comtes de Paris devenus rois

En 888, à la mort de Charles le Gros, les grands du royaume de Francie occidentale écartent l'héritier carolingien légitime, un enfant, pour élire un guerrier : Eudes, comte de Paris. Le fait est inédit. Pour la première fois, un homme étranger à la lignée de Charlemagne ceint la couronne, et il la doit à un siège, celui que Paris a soutenu contre les Vikings trois ans plus tôt.

Une famille remontée à Robert le Fort

Le nom de Robertiens vient de Robert le Fort, marquis de Neustrie, tué en 866 à Brissarthe en combattant des bandes vikings et bretonnes. Ses origines précises restent débattues : on le rattache souvent à une famille franque installée entre Rhin et Loire. Ses deux fils, Eudes et Robert, héritent de ses commandements militaires sur les marches de la Loire et de la Seine. La famille contrôle alors des comtés clés autour de Paris, Tours et Orléans, ce qui leur donne à la fois des terres, des hommes et le prestige de défendre le cœur du royaume.

885-886 : le siège de Paris fait un roi

À l'automne 885, une immense flotte viking remonte la Seine et bute sur Paris, réduit à l'île de la Cité et défendu par deux ponts fortifiés. Le comte Eudes et l'évêque Gozlin organisent la résistance. Le moine Abbon de Saint-Germain-des-Prés, témoin du siège, en laisse un récit en vers, le Bella Parisiacae urbis. Pendant près d'un an, la ville tient. Charles le Gros finit par acheter le départ des assaillants, ce qui le discrédite. Le coup d'éclat d'Eudes, lui, est retenu : élu et sacré roi en 888, il règne jusqu'à sa mort en 898.

Hugues Capet, l'aboutissement de 987

Après Eudes, la couronne fait la navette entre Carolingiens et Robertiens. Robert Ier, frère d'Eudes, est élu roi en 922 mais meurt l'année suivante à la bataille de Soissons. Son gendre Raoul règne ensuite. Le petit-fils de Robert Ier, Hugues Capet, duc des Francs, est l'homme le plus puissant du royaume. À la mort du dernier Carolingien direct, Louis V, en 987, une assemblée réunie à Senlis, appuyée par l'archevêque de Reims Adalbéron, l'élit roi. Hugues est sacré à Noyon puis associe aussitôt son fils Robert au trône pour rendre la succession héréditaire. De ce comte de Paris naît la dynastie capétienne, qui régnera en ligne directe jusqu'en 1328.

Ce que Paris doit aux Robertiens

Le choix de Paris comme centre du pouvoir tient en partie à cette famille qui en avait fait sa base militaire. L'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, où écrivit Abbon, existe toujours rive gauche ; son clocher roman est l'un des plus anciens de la capitale. Sur l'île de la Cité, là où Eudes tint tête aux Vikings, s'élèveront plus tard le Palais de la Cité et Notre-Dame. La continuité du lieu est réelle, même si les pierres du IXe siècle ont disparu.

Le saviez-vous ? Le surnom « Capet » accolé à Hugues n'apparaît pas de son vivant comme un nom de famille. Il dériverait du mot cappa, la chape, peut-être en référence à la dignité d'abbé laïc de Saint-Martin de Tours que portaient les Robertiens. Le terme ne s'est imposé comme désignation de la dynastie que bien après, et c'est sous ce nom, Louis Capet, que Louis XVI sera jugé en 1792.

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