VIe s. · Basilique de Saint-Denis

Les rois mérovingiens et les partages du royaume

Les rois mérovingiens et les partages du royaume

À sa mort en 511, à Paris, Clovis laisse un royaume franc qui s'étend de la Rhénanie à la Gascogne. Ses quatre fils ne le gardent pas uni : ils le découpent. Ce partage, et tous ceux qui suivront, expliquent un siècle de guerres familiales dont la basilique de Saint-Denis, au nord de Paris, garde aujourd'hui la mémoire dans la pierre.

Un royaume traité comme un héritage privé

Chez les Francs, le royaume n'est pas une institution mais un bien personnel, transmis comme un domaine. À la mort de Clovis, ses fils Thierry, Clodomir, Childebert et Clotaire se répartissent les terres autour de quatre capitales : Reims, Orléans, Paris et Soissons. Le découpage ignore toute logique géographique cohérente. Chaque roi reçoit des morceaux parfois éloignés, calculés pour équilibrer les revenus fiscaux plutôt que les territoires. Cette coutume successorale, sans loi salique de primogéniture pour la couronne, condamne le pouvoir mérovingien à se fragmenter à chaque génération.

Neustrie, Austrasie, Bourgogne : trois ensembles rivaux

Au fil des partages se dessinent trois grands royaumes que les sources nomment au VIIe siècle. La Neustrie, à l'ouest, autour de Paris, Soissons et Rouen. L'Austrasie, à l'est, tournée vers Metz et la Rhénanie. La Bourgogne, au sud-est, héritée du royaume burgonde conquis en 534. Le partage de 561, après la mort de Clotaire Ier, redonne quatre royaumes à ses fils Caribert, Gontran, Sigebert et Chilpéric. De cette nouvelle division naît une rivalité célèbre, celle qui oppose les reines Brunehaut, épouse de Sigebert d'Austrasie, et Frédégonde, épouse de Chilpéric de Neustrie, après l'assassinat de la sœur de Brunehaut, Galswinthe.

Saint-Denis, nécropole des rois partageurs

Au nord de Paris, sur la tombe supposée de l'évêque Denis martyrisé au IIIe siècle, s'élève dès l'époque mérovingienne une basilique funéraire. Le roi Dagobert Ier, mort en 639, y est inhumé et passe pour son grand bienfaiteur : il dote richement l'abbaye, qui devient un centre majeur. Plusieurs souverains mérovingiens y trouvent leur sépulture, faisant de Saint-Denis le futur panthéon des rois de France. Attention, toutefois : les gisants de pierre que l'on admire aujourd'hui dans la basilique, comme celui de Dagobert, datent du XIIIe siècle. Ils ont été commandés par Saint Louis bien après la mort des rois qu'ils représentent ; ce ne sont pas des portraits, mais des images idéalisées du pouvoir.

Des « rois fainéants » trahis par les sources

L'image de Mérovingiens faibles, les reges criniti aux longs cheveux abandonnant le pouvoir, vient en grande partie de la propagande carolingienne. Éginhard, biographe de Charlemagne au IXe siècle, décrit le dernier roi, Childéric III, déposé en 751, comme une potiche promenée en char à bœufs. La réalité du VIe siècle est tout autre : Clotaire, Gontran ou Sigebert gouvernent, légifèrent et guerroient. Le déclin réel ne vient que plus tard, quand les maires du palais, tel Charles Martel, confisquent le pouvoir effectif.

Le saviez-vous ? Le célèbre « trône de Dagobert », conservé au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France, est un siège curule en bronze doré. Les historiens débattent encore de sa datation : sa partie basse pourrait remonter à l'époque mérovingienne, mais le dossier et les accoudoirs ont été ajoutés bien plus tard, sans doute sous l'abbé Suger au XIIe siècle.

En images

Clovis unificateur
Clovis unificateur
Mort de Clovis
Mort de Clovis
Lutte de succession
Lutte de succession
Partage du royaume
Partage du royaume
Rivalités croissantes
Rivalités croissantes
Rois fainéants
Rois fainéants
L'émergence des Carolingiens
L'émergence des Carolingiens