IIe s. · Place d'Italie

Tous les chemins mènent à Rome : voies et bornes milliaires

Tous les chemins mènent à Rome : voies et bornes milliaires

Place d'Italie, à la sortie sud de Paris : le nom n'est pas un hasard touristique. C'est par là que partait, depuis Lutèce, la grande route vers le Midi et, au-delà, vers l'Italie et Rome. Le tracé file aujourd'hui sous l'avenue d'Italie, presque rectiligne, héritière directe d'une voie antique qui reliait la cité des Parisii à Sens, Lyon, puis à la Méditerranée.

Une chaussée bombée, conçue pour durer

Une voie romaine n'est pas un simple chemin de terre tassé. Les agrimensores, géomètres de l'armée, tendaient d'abord deux cordeaux parallèles pour fixer la largeur. Entre eux, on creusait jusqu'au sol ferme, puis on empilait des couches : grosses pierres en assise, gravier et chaux, enfin un revêtement bombé pour l'écoulement de la pluie. La via Domitia, ouverte dès 118 av. J.-C. en Gaule narbonnaise, et la via Agrippa, organisée à partir de Lyon (Lugdunum) sous Auguste vers 16-13 av. J.-C., forment l'ossature de ce réseau. Au IIᵉ siècle, sous Trajan puis Hadrien, l'Empire compte des dizaines de milliers de kilomètres de routes pavées ou empierrées.

La borne milliaire, panneau et instrument de propagande

Tous les mille pas romains, soit environ 1 481 mètres, se dressait une milliarium : une colonne de pierre, souvent plus de deux mètres de haut. Elle indiquait la distance jusqu'à la ville voisine, mais portait surtout le nom de l'empereur régnant, ses titres et l'année de son pouvoir tribunicien. Lire une borne, c'était d'abord savoir qui régnait. En Gaule, fait notable, beaucoup de distances se comptaient en lieues gauloises (environ 2 222 mètres) et non en milles, vestige des usages locaux que Rome n'a pas effacés.

Le Milliarium aureum et le mythe du point zéro

L'expression « tous les chemins mènent à Rome » s'appuie sur un objet réel : le Milliarium aureum, la « borne d'or », érigée par Auguste en 20 av. J.-C. sur le Forum romain, près du temple de Saturne. On y aurait gravé les distances vers les grandes villes de l'Empire. Mais attention à l'idée reçue : rien ne prouve que toutes les routes y étaient réellement mesurées depuis ce point. Les voies provinciales avaient leurs propres origines, le plus souvent la capitale de cité la plus proche. La borne d'or relevait autant du symbole impérial que de la géographie pratique. De ce monument, il ne subsiste sur le Forum qu'un socle de marbre attribué, sans certitude absolue, au monument.

Ce que la Place d'Italie garde de Rome

Sous l'asphalte parisien, aucune borne antique ne subsiste à la Place d'Italie même. Mais l'orientation de l'avenue, la régularité de son tracé vers le sud et son nom rappellent la fonction première du lieu : un seuil, le départ de la route du Sud. Pour voir une vraie voie gallo-romaine de la région, il faut gagner le musée de Cluny ou la crypte archéologique du parvis de Notre-Dame, où affleurent les niveaux de la Lutèce antique.

Le saviez-vous ? Le mille romain valait mille pas doubles (mille passus), chaque pas comptant deux enjambées. C'est de ce mille passus que vient directement notre mot « mille », et l'idée même de mesurer une route en bornes successives.

En images

Carrefour de Lugdunum
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Les bornes milliaires
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La voie Domitienne
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Relais et auberges
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Inscriptions gravées
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Unité de l'Empire
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L'héritage romain
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