Ier-IIe s. · Arènes de Lutèce
Les Arènes de Lutèce

En 1869, le percement de la rue Monge met au jour, à flanc de la montagne Sainte-Geneviève, des gradins enfouis depuis plus de quinze siècles. Les ouvriers de la Compagnie générale des omnibus, qui creusent pour bâtir un dépôt de tramways, viennent de retrouver l'un des plus grands monuments de la Lutèce romaine. La découverte déclenche aussitôt une bataille pour sauver les ruines de la pioche.
Un amphithéâtre mixte construit au Ier siècle
Les Arènes de Lutèce datent vraisemblablement de la fin du Ier siècle apr. J.-C., sous l'Empire romain. L'édifice appartient à une catégorie rare : c'est à la fois un amphithéâtre, destiné aux combats de gladiateurs et aux chasses d'animaux, et un théâtre, doté d'une scène pour les représentations. Le bâtiment mesurait environ 130 mètres sur 100 et sa cavea pouvait accueillir près de 15 000 spectateurs, soit davantage que la population estimée de la ville à cette époque. On y reconnaît encore aujourd'hui l'arène elliptique, les niches qui abritaient les cages des fauves et la pente des gradins.
La destruction par les invasions du IIIe siècle
Le monument ne reste pas en usage très longtemps. Vers 280 apr. J.-C., les premières incursions germaniques bouleversent la Gaule. Les habitants de Lutèce se replient dans l'île de la Cité, qu'ils fortifient, et démontent les grands édifices de la rive gauche pour en réemployer les pierres dans une enceinte défensive. Les arènes, situées hors les murs, sont alors abandonnées, transformées en cimetière puis comblées peu à peu. Le souvenir s'en efface si bien qu'au Moyen Âge le quartier garde seulement le nom déformé des « Arènes », sans qu'on sache plus ce qu'il recouvre.
Victor Hugo et la mobilisation de 1883
La redécouverte de 1869 n'assure pas la survie du site. Une fois le dépôt de tramways construit, une partie des gradins disparaît. En 1883, de nouveaux travaux menacent ce qui subsiste. Le Comité des Arènes se constitue pour les défendre, et Victor Hugo, alors sénateur, adresse au président du Conseil municipal de Paris une lettre restée célèbre où il réclame leur conservation au nom du passé de la ville. La pression aboutit : la Ville rachète le terrain et fait dégager les vestiges. L'archéologue Théodore Vacquer, qui avait étudié les ruines dès leur mise au jour, joue un rôle décisif dans le relevé et la compréhension de l'ensemble. Le square actuel est inauguré en 1896.
Ce qui subsiste square Capitan
Le site visible aujourd'hui, accessible depuis la rue Monge dans le 5e arrondissement, n'a plus l'ampleur de l'amphithéâtre antique : une bonne moitié a été perdue lors des aménagements du XIXe siècle, et les gradins ont été en partie restitués. On y distingue malgré tout l'arène, la scène et neuf rangées de gradins inférieurs d'origine. Le square porte le nom du docteur Louis Capitan, médecin et archéologue qui contribua à sa sauvegarde. Joueurs de pétanque et de football s'y croisent désormais à l'endroit même où combattaient les gladiateurs.
Le saviez-vous ? Contrairement à une idée répandue, le nom « Lutèce » ne désigne pas une grande métropole : la cité antique comptait sans doute moins de 10 000 habitants. Les arènes, capables d'en recevoir 15 000, accueillaient donc aussi les visiteurs venus des campagnes alentour les jours de spectacle.
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